Guerre du Rif : le parlement espagnol ne veut pas débattre de l’usage d’armes chimiques

A l’initiative du groupe parlementaire du parti catalan de la Gauche Républicaine (Esquerra Republicana, ERC), la commission des affaires constitutionnelles au Congrès des députés (chambre basse du parlement espagnol), a débattu mercredi de la proposition de loi invitant l’Etat espagnol à reconnaître le recours "systématique" aux armes chimiques, depuis la débâcle espagnole lors de la bataille d’Anoual (1921), contre la population du Rif, alors que ces armements non conventionnels étaient interdits par les conventions de la Haye de 1899 et 1907.

La proposition de loi a été rejetée en commission par 33 voix émanant des rangs du Parti Socialiste Ouvrier espagnol (PSOE au pouvoir) et du parti d’opposition, le Parti Populaire (PP droite), les deux partis majoritaires au parlement espagnol.

Le texte a été soutenu par les 3 députés de la Gauche Républicaine catalane, de la Gauche Unie (Izquierda Unida) et du Parti Nationaliste Basque, siégeant au sein de cette commission.

Le promoteur de cette initiative parlementaire, Joan Tarda, porte-parole du groupe parlementaire de la Gauche Républicaine au Congrès, a déploré, dans une déclaration à la MAP, que le PSOE et le PP aient rejeté en bloc le texte "sans présenter aucun amendement qui aurait permis de parvenir à un consensus minimum".

Il a également déploré cette occasion ratée pour "la réconciliation et la fraternité entre les peuples des deux rives de la Méditerranée". Il était important, selon lui, que l’Espagne "assume, après 30 ans de démocratie, la mémoire historique de l’Etat espagnol et reconnaisse sa responsabilité dans l’usage des armes chimique contre les populations du Rif".
De son côté, Mme Rosa Maria Bonas i Pahisa, député et co-auteur de la proposition de loi a affirmé que l’Espagne "qui veut vendre son modèle démocratique devait demander pardon aux populations rifaines et pouvoir ainsi envoyer un signal positif pour renforcer la transition démocratique au Maroc".

Un autre défenseur de l’initiative parlementaire, Aitar Esteban Bravo, député du Parti Nationaliste Basque a estimé que le rejet par le Congrès des députés espagnol de cette proposition constitue "une occasion perdue pour l’Espagne de se réconcilier avec son passé et sa mémoire historique".

Abondant dans le même sens, Mme Rosa Maria Bonas i Pahisa a assuré que son groupe parlementaire n’allait pas baisser les bras et qu’elle compte introduire un amendement à la Loi sur la mémoire historique en Espagne, qui se limite maintenant aux exactions et victimes de la guerre civile dans ce pays, pour "inclure le triste épisode de la guerre du Rif et l’usage d’armes chimiques contre les populations" de cette région du Nord du Maroc.

Le texte soumis aux députés espagnols invitait les autorités espagnoles à demander pardon aux populations du Rif, à répondre aux demandes d’indemnisation qui pourraient être formulées, à titre individuel, par les victimes de cette agression ou par leurs ayants droit.

Les promoteurs de cette proposition de loi demandaient également au gouvernement espagnol de lancer, dans le cadre de la coopération maroco-espagnole, des programmes de développement dans le Rif, notamment dans les régions de Nador et Al Hoceima, en guise d’indemnisation collective pour les dégâts subis par les populations de ces régions.
Le gouvernement espagnol était également appelé à doter les hôpitaux des villes de Nador et Al Hoceima d’unités d’oncologie pour traiter les patients qui souffrent toujours de pathologies causées aux victimes ou transmises à leurs descendants par ces armes chimiques, notamment des cancers.

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