Houcine Abenkcer : «Il y a plusieurs parties qui tentent de récupérer le Mouvement du 20 février»

Houcine Abenkcer : «Il y a plusieurs parties qui tentent de
récupérer le Mouvement du 20 février»

ALM : Le Mouvement du 20 février est-il en train de perdre son autonomie?
Houcine Abenkcer : En réalité, il y a plusieurs parties qui tentent de récupérer le Mouvement du 20 février, notamment des partis politiques, des associations ou des mouvances islamistes. Il existe également des personnes qui n’ont pas d’appartenance politique, qui prétendent être neutres, et qui veulent, eux-aussi, récupérer le Mouvement pour leur propre intérêt. Ainsi, on peut dire que tout le monde tente de récupérer ce Mouvement. Il existe, également, au sein de ce Mouvement de jeunes gens qui ne recherchent qu’à être médiatisés. En raison de ces contradictions, il devient difficile de faire une analyse logique des opinions et des positions au sein du Mouvement.

Quel est le danger que représente cette situation ?
En réalité, il y a des gens au sein du Mouvement qui veulent l’orienter vers des directions qui contredisent les choix du peuple marocain. Ces gens tirent le Mouvement des jeunes vers l’escalade et cherchent à imposer leurs visions par la force faisant fi des solutions politiques et du dialogue. Ils cherchent autre chose. Il se peut dans ce cadre qu’il y ait des dérapages. Nous appelons, ainsi, tout le monde à assumer sa responsabilité pour ne pas dévier le 20 février de son objectif initial. Le Mouvement du 20 février risque de se perdre entre trois grands courants. D’un côté Annahj Addimocrati, parti de la gauche radicale, qui croit toujours aux valeurs de la révolution bolchevique qui remontent à cent ans. D’un autre côté, il y a la mouvance Al Adl Wal Ihssane qui tient à des idées chimériques et veut instaurer la Khilafa au Maroc. Le troisième courant, pour sa part, qui est le plus dangereux, est celui qu’on ne connaît pas. Il s’agit d’une main invisible qui tire le Mouvement vers l’inconnu. Ce dernier constitue, d’ailleurs, un acteur très fort.

La structuration du Mouvement peut-elle constituer une solution à ce problème ?
Nous avons toujours appelé à la structuration du Mouvement pour le protéger. Au sein du 20 février, il y a des gens qui ont pris part aux manifestations dès le départ pour exprimer leurs revendications de réforme, mais nous constatons qu’il y a actuellement nouveaux opportunistes qui ne font que vivre de ce Mouvement. La question qui se pose aujourd’hui est celle de savoir qui dirige réellement le Mouvement du 20 février ? Une question qui, pour l’instant, demeure sans réponse. Nous avons constaté, à plusieurs reprises, que certaines parties imposent leur vision lors des réunions du mouvement à Casablanca alors que les avis des jeunes passent au deuxième plan. Certaines mains invisibles ont réussi à s’infiltrer dans le Mouvement.

Qu’en est-il de la mouvance Al Adl Wal Ihssane ?
Cette mouvance islamiste tente de diriger le Mouvement à distance. La présence des membres d’Al Adl se fait de plus en plus forte lors des manifestations. D’ailleurs, la veille de chaque manifestation de protestation, les responsables de cette mouvance nous demandent combien de personnes nous voulons faire descendre dans la rue. La tentative de récupération du Mouvement par cette mouvance islamiste a été révélée au grand jour lors des dernières marches de protestation organisées dans les différentes régions du Royaume. Le Mouvement du 20 février n’est plus innocent.

Certains disent qu’il existe d’autres partis politiques qui veulent récupérer le Mouvement. Qu’en pensez-vous ?
Il y a certains dirigeants de notre parti qui veulent porter la casquette du 20 février pour mettre la main sur ce mouvement. Nous, en tant qu’usfpéistes membres du 20 février, voulons entamer un changement au sein de ce parti. Nous voulons jouer le rôle d’une force réformatrice des structures dirigeantes de l’USFP. D’ailleurs, lors d’une rencontre récente des membres de l’USFP avec les membres du 20 février, nous avons interdit l’accès à Abdelouahed Radi, premier secrétaire du parti, en scandant le slogan «Radi dégage». Nous ne voulons pas que certains membres du parti récupèrent le mouvement des jeunes pour atteindre leurs propres objectifs.

En quoi diffère le Mouvement du 20 février d’aujourd’hui de celui qu’il représentait il y a trois mois ?
Les conditions dans lesquelles se déroulent les assemblées générales sont devenues catastrophiques. On enregistre souvent le recours à la violence, à l’intimidation et aux insultes. Nous avons constaté que les jeunes militants ont fait l’objet de menaces lors des assemblées générales. Nous sommes de plus en plus persécutés au sein de ce Mouvement. Il y a également des jeunes qui ont été exclus du Mouvement. J’ai vu de mes propres yeux un jour un jeune qui a ramené avec lui à une réunion un grand couteau. Face à cette situation, nous estimons qu’il vaut mieux qu’on revient au Facebook au lieu de maintenir cette pratique des assemblées générales.

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