I.T.F.soupçonne Al Najat de racket

Aujourd’hui le Maroc : Votre nom est apparu au tout début de l’enquête, lorsqu’on s’est penché sur la société Al Najat Marine Shipping. Qui êtes-vous ? Et quelles sont vos relations avec cette entreprise émiratie ?
Réda Rami Yahyaoui : Je dirige un cabinet de recrutement par internet, qui fonctionne à travers un site web réalisé en partenariat avec Top job. A travers cette collaboration articulée autour d’une stratégie de rapprochement et de développement, j’allais pouvoir intervenir dans la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord.
Les événements du 11 septembre nous ont malheureusement forcés à stopper notre opération. Un changement opéré au niveau de la direction de notre partenaire nous a contraints à attendre davantage, ce qui a gelé la situation. Il se trouve qu’il s’agissait là de mon principal projet. Comme il avait été mis en veilleuse, j’ai dû me tourner vers le client marocain. En scrutant les journaux, à la recherche d’un potentiel client auquel je pouvais offrir mes services, je suis tombé sur une annonce dans les colonnes du quotidien «le Matin du Sahara et du Maghreb». Il s’agissait d’une société « Al Najat Marine Shipping », qui désirait entrer en contact avec une personne maîtrisant l’anglais, le français et l’arabe. L’annonce précisait un numéro de téléphone et un numéro de chambre d’hôtel.
Cette annonce signifiait pour moi la possibilité de trouver un client. J’ai donc effectué des démarches au téléphone en vue de réaliser n’importe quelle transaction commerciale. C’est à ce moment-là que Hameed Salim (directeur commercial et marketing d’Al Najat), m’a parlé d’une opération de recrutement massif, qui ne concerne pas uniquement le Maroc, mais également d’autres pays. Il m’a demandé dans quelle mesure on pouvait initier cette opération au Maroc. J’ai alors proposé mon cabinet de recrutement qui pourrait en assurer le déroulement. Mais, quand il m’a annoncé le chiffre de 22.000 personnes, je lui ai expliqué que seul, je ne pensais pas pouvoir mener à bien l’opération. Je me suis ensuite renseigné auprès de lui sur le profil des candidats, qui devaient faire office de «général workers» pour le compte d’une quarantaine de sociétés maritimes.
Concrètement, de quoi étiez-vous chargé dans le cadre de cette opération de recrutement ?
Je tiens d’abord à préciser une chose, qui, à mes yeux, revêt une importance capitale. Dans les contrats signés avec les différentes agences de recrutement, c’est Al Najat qui endosse toute la responsabilité. Il existe un document officiel rédigé par Al Najat, qui stipule clairement que « Initiative groupe » intervient uniquement au niveau de l’intermédiation en recrutement, et qu’Al Najat prend toute la responsabilité. Aussi, les rapports entre Initiative groupe et Al Najat sont clairement définis par un contrat qui stipule la qualité de Initiative groupe en tant que cabinet de recrutement.
En vertu de ce document, Initiative groupe ne s’occupe que du recrutement de 5000 personnes. Je ne dispose pas de l’infrastructure nécessaire à l’organisation d’une telle opération.
Justement, une fois la machine mise en branle, cinq agences privées de recrutement se sont retrouvées partie prenante dans cette opération ? Quels sont leurs rapports avec Al Najat ?
M. Salim m’a demandé alors de faire le tour des agences de recrutement et des organismes publics, dans la mesure où ces derniers pouvaient fournir une base de données. Mais, selon son optique, ils ne pouvaient pas à eux seuls assurer le recrutement.
Le recrutement pouvait faire appel à des agences privées, sous la coupole de l’ANAPEC. C’est ce à quoi nous sommes arrivés. En discutant avec les agences privées, toutes ont été d’accord sur le fait qu’aucune d’entre elles, ne pouvait assurer directement l’opération, avec tous les risques que cela comporte. Aussi, les 22.000 emplois ont été répartis entre elles : 7000 pour RMO, 3000 pour Général Intérim, 5000 pour Select Team et Egida 2000.
A quel moment l’ANAPEC est-elle intervenue dans le déroulement de l’opération ? Et quelles sont ses prérogatives dans ce cadre ?
Parallèlement aux signatures des contrats avec les cabinets de recrutement, le contact s’est fait avec l’ANAPEC.
Il y a eu plusieurs réunions entre les différents cabinets privés de recrutement pour évaluer le risque de cette opération d’emploi à l’international. C’est dans ces circonstances que l’ensemble des agences privées de recrutement ont eu l’idée de s’adresser à un organisme public qui puisse chapoter toute l’opération.
En l’occurrence l’Anapec. Dès le premier contact, Chafik Rached, directeur général de l’Anapec, nous a expliqué que de toutes les manières, une telle opération ne pouvait avoir lieu sans l’intervention directe de son institution, conformément aux prérogatives que lui confère la loi. Nous nous sommes mis d’accord avec l’Anapec que tout le travail soit fait au niveau des agences régionales de l’Anapec. Le choix des candidats quant à lui devait être assuré par les agences privées, comme convenu dans le cadre des conventions signées avec la société Al Najat. Partant de cette logique, des réunions se sont tenues au sein de l’Anapec. Le premier point de discussion était de savoir si la société Al Najat existait effectivement. Ce n’est qu’une fois rassurées sur ce point, que nous, agences de recrutement privées, pouvions entamer notre travail. Sans plus tarder, Chafik Rached a adressé des correspondances à l’ambassade du Maroc aux Emirats Arabes Unis et aux ministères de l’Intérieur et des Affaires Etrangères. L’ambassadeur marocain aux EAU a eu une entrevue avec Sejjad Akbar Mohamed, Directeur d’Al Najat. A la suite de cette entrevue, le diplomate a adressé un courrier à L’anapac dans lequel rassurait l’organisme public quant à l’existence effective de la société émiratie. Ces correspondances ont ainsi donné le feu vert à l’opération, qui débuta en février 2002. A notre niveau, nous étions rassurés dans la mesure où nous ne pouvions avoir aucune crainte puisque l’enquête était menée par le gouvernement et que les choses ne présentaient dans ce cadre aucun risque.
L’opération a donc été prise en main par l’Anapec. L’organisme a commencé par affecter à chaque agence privée un certain nombre d’agences du réseau de l’Anapec. Tout le travail a été centralisé au niveau de ce réseau. Les entretiens collectifs étaient assurés conjointement entre les teams des cabinets privés et les conseillers de l’Anapec. L’objectif étant de remplir nos obligations vis-à-vis d’Al Najat dans les meilleurs délais et en évitant tous les dérapages éventuels.

• Propos recueillis par
Imane Azmi et Nabila Fathi

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