Il était une fois, en Amérique

Les Etats-Unis, c’était un rêve, un ambition, un projet d’avenir. Par quoi est-ce que ça a commencé ?
Tout a commencé quand j’étais au lycée. J’avais alors une certaine fascination aussi bien pour la langue anglaise que pour la culture anglo-saxonne. C’est pour cela que j’ai opté pour des études en section anglaise qui m’ont mené à la faculté des lettres anglaises. J’avais réussi après le concours de l’école de tourisme de Tanger. La déception. J’avais besoin d’une formation solide et de travailler aux côtés de vrais professionnels, chose que je n’ai pas réussi à trouver ici au Maroc, surtout après mon passage entant que stagiaire dans des hôtels et agences de voyage nationaux. D’où l’idée de partir aux Etats-Unis et de postuler pour un poste au sein de World Disney.
J’attendais avec impatience que les représentants de la compagnie viennent au Maroc. Ce qui n’a pas tardé à arriver. J’ai passé une série d’entretiens pour être choisi au bout du compte en tant que représentant culturel dans le pavillon marocain. J’étais aux anges. Mais ce n’était pas fini puisque j’avais aussi à obtenir mon visa. Tout s’était bien passé à ce niveau aussi. Tous mes amis et camarades, ainsi que ma famille étaient contents pour moi. Tout le monde m’encourageait de partir. La décision était loin d’être facile puisque j’allais sacrifier à la fois mes études, alors que j’avais réussi à passer au deuxième cycle, et ma famille. Mais j’ai toujours pensé que ça en valait la peine et que mon départ signifiait le début d’une grande aventure ainsi que d’un projet de carrière et de vie. Je suis donc parti.
Comment se sont passés vos premiers jours ?
Une fois à l’Aéroport JFK de new York, la première des choses que j’ai remarqué était la façon dont le staff se comportait avec les marocains. Ça frisait le harcèlement. Mais j’étais trop bercé par mon rêve pour y penser sérieusement. J’étais motivé et tout devant mes yeux était si grand, si rapide. J’étais impressionné au plus grand point. Là il n’y avait aucun moyen de penser à la famille, aux amis, au pays. J’étais aux USA et j’en étais heureux. J’ai rejoint World Disney le 23 décembre 2000. Mon travail était simple et au fur et à mesure que je m’habituais, mon attachement à mon pays ressurgissait. Je faisais partie d’un programme international, mais j’étais là pour représenter mon pays et je me devais de la faire de la manière la plus honorante qui soit. J’étais encore plus marocain que jamais et j’en étais fier.
Quelle a été l’attitude de vos supérieurs envers les Marocains travaillant pour cette compagnie ?
Mes supérieurs américains étaient des professionnels avant tout. Il n’y avait pas de place aux sentiments, ni dans un sens ni dans un autre. Ceci dit, on ressentait toujours un certain dédain dans la manière dont ils se comportaient avec nous. Et bien avant le 11 septembre. Ce constat se vérifiait quand on se comparait aux français. On était dans le même pavillon. Mais le traitement n’était pas le même. Quand on leur faisait la remarque, les responsables américains disaient qu’on se plaignait trop. Mais je me disais que je n’étais là que de passage et que, une fois mon contrat achevé, les choses allaient être meilleures du moment que, entre temps, j’avais réussi à m’inscrire dans une univesité en Californie et que la procédure de décrocher mon visa d’étudiant allait bon train.
Les attentats du 11 septembre étaient une épreuve difficile pour les Américain. Comment cela a été ressenti par les Marocains vivant aux Etats Unis?
C’était horrible. On s’est tous sentis visés par les attentats. Tout le monde avait peur. Moi aussi. On vivait dans le même pays et cela pouvait très bien m’arriver à moi aussi d’en être victime. C’était une pure injustice. Des gens sont morts. Mais la réaction ne l’était pas moins. On accueillait pas moins de 20.000 visiteurs par jour dans le pavillon marocain. Après le 11 septembre, si on en recevait 3000, on devait s’estimer heureux. Les médias se sont tout de suite mis à pointer les Arabes du doigts. Tous les Arabes. On parlait même de « contrôler » le pays. Ce qui signifie, chasser les étrangers. Les harceler. Boutiques, restaurants…tout ce qui appartenait à des arabes était la cible privilégiée aussi bien des autorités que des simples citoyens, enragés. Il suffisait de porter le nom de Mohamed ou Rachid pour se trouver dans l’impossibilité de trouver un emploi. J’ai dû nier mon véritable identité pour continuer à survivre. Je ne pouvais même pas me rendre à la mosquée les vendredi tellement la menace était réelle. La psychose a cédé la place à la haine.
Qu’est ce qui a pu se passer après pour vous pousser à partir ?
Mon contrat avec Disney avait expiré, et à moins d’avoir mon visa d’étudiant, je devais quitter le pays dans les 30 jours qui allaient suivre. Entre temps, c’était la peur au quotidien. Je devais toujours me cacher derrière un nom français, soigner mon apparence, éviter certains endroits pour ne pas avoir à subir les conséquences de cette situation. Face aux agents de police, la fouille était systématique. Je devais à chaque fois expliquer aux gens qui me posaient des questions que l’islam et le terrorisme sont deux choses distinctes. Ce que je disais par plaisir et fierté de mes appartenances était devenu une façon de me défendre. Je savais que je n’allais pas continuer ainsi longtemps.
Prendre une telle décision n’a pas dû être facile…
J’étais au bord d’une dépression quand je me suis demandé si ça valait la peine de rester dans un pays où j’étais jugé d’avance, ou je me sentais menacé, où l’insécurité pour quelqu’un comme moi était le maître-mot. Sachant que j’avais toujours une famille qui m’attend, des études à poursuivre. Chez moi. J’avais un pays. J’ai donc décidé de rentrer. Une décision qui était difficile à prendre mais maintenant que je suis là, je ne la regrette pas. C’est vrai que certains y voient un échec. Pas moi. Mes amis qui sont restés là-bas me félicitent dans les lettres et les e-mail qu’ils m’envoient d’avoir eu le « courage » de revenir.
Beaucoup d’entre eux attendent la moindre occasion pour faire de même. Je sais que même ici, ce ne sera pas facile. Mais au moins, je suis chez moi.

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