Il était une fois le Premier ministre

Nul doute que lorsque feu Hassan II eût chargé M.Youssoufi de constituer son gouvernement en début février 1998, une nouvelle page de l’histoire du Maroc allait être tracée. Cinq ans après, le Premier ministre sortant se souvient de ses premières impressions qu’il compare avec ses sentiments à la fin de sa mission. «Il y a à coup sûr une grande différence entre le sentiment qui était le mien le jour de ma nomination et ce que je ressens aujourd’hui après cinq années d’exercice de pouvoir. Autant j’étais angoissé au début, compte tenu de la situation difficile du pays qu’il s’agissait de redresser, autant je me sens maintenant soulagé de voir le chemin parcouru en termes de réformes et de projets réalisés dans de nombreux domaines».
Cette première expérience au Maroc, (l’opposition au pouvoir) est une circonstance atténuante devant les innombrables reproches qui pleuvaient de toutes parts sur M.Youssoufi, dont la plus plausible est ce manque de communication de sa part, notamment avec les médias nationaux. Mise à part cette lacune, le Premier ministre a toujours fait montre d’un calme et d’une sérénité extraordinaires.
A 78 ans, sa sensation de ne pas avoir démérité de la nation est totalement légitime. Personne ne peut lui ôter son dévouement à son pays, dont l’intérêt primait sur tout le reste, y compris la vie partisane qui n’a jamais été aussi mouvementée auparavant. L’histoire lui reconnaîtra son courage d’avoir relevé le défi de l’alternance malgré les réticences de certains de ses compagnons, et les répercussions qui s’en sont suivies tout au long de son mandat. Et pourtant, il vivra la pénible expérience d’enterrer, la mort dans l’âme, son passé auquel il doit beaucoup. Il faut dire aussi que la situation du pays n’était pas réjouissante avant son avènement. Son gouvernement a hérité de plusieurs problèmes cruciaux, résultants des politiques des exécutifs précédents. Ainsi, ce fut M.Youssoufi qui était au coeur de la transition démocratique dont le sort vient d’être scellé par les dernières élections législatives.
Avec un langage franc et très contrôlé, M.Youssoufi est parvenu à assumer ses responsabilités jusqu’au bout. Il a toujours su traité l’ensemble des partenaires formant l’alliance du gouvernement sur un pied d’égalité, et c’est là qu’apparaît le profil d’un vrai dirigeant politique. Le Maroc, comparé à n’importe quel pays du tiers-monde, vit aujourd’hui pleinement ses libertés. Et les institutions du pays garantissent l’exercice de cet acquis irréversible.
Certes, il reste encore des choses à réaliser, mais on ne peut quand même pas être comparé à la lettre à une démocratie occidentale en une période aussi courte. Les reproches faits au Premier ministre auraient été plus logiques, si l’homme et son parti ne faisaient pas partie d’une coalition. Une question majeure restera à jamais sans réponse. Quel aurait été la position de ses détracteurs s’il avait refusé d’entrer dans le processus démocratique en déclinant l’appel de feu Hassan II, sachant que le pays était au bord de l’apoplexie ?

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