Il faut contrôler les transferts de fonds

ALM : Depuis les attentats du 16 mai, le débat est engagé sur les fonds dont disposent certains courants islamistes extrémistes. Comment évaluez-vous ce phénomène?
Maâti Souheil : Je pense qu’il faut absolument s’attaquer au financement du terrorisme parce que tel qu’il s’est manifesté au niveau international, il ne peut se développer s’il ne dispose pas de moyens financiers.
D’autre part, on a négligé cet aspect, on n’a pas voulu traiter le sujet avec l’attention nécessaire pour comprendre comment le terrorisme se développe et frappe à l’échelle internationale ; ce n’est qu’après les événements du 11 septembre, que le monde a découvert que le terrorisme était enraciné et qu’il dispose de moyens financiers qui dépassent les budgets de certains Etats.
En fin de compte, on a pu découvrir que certains investissements ont des liens avec des réseaux terroristes.
On n’a découvert, également, que le terrorisme n’est plus financé par des simples dons de maisons de bienfaisance ou de petites collectes mais par des grandes opérations d’investissement qui ont des rendements importants.
Il est, donc, devenu, une entreprise liée à des opérations d’investissements, de blanchiment d’argent et de spéculations financières et monétaires qui peuvent atteindre des milliards.
Il s’agit, également, d’opérations qui peuvent être liées à l’octroi de certains marchés.
Bref, il n’y a pas une seule source de financement de ce phénomène à caractère international.  D’ailleurs, ce sont les mécanismes internationaux qui alimentent le terrorisme à travers le monde.

Qu’en est-il au Maroc ?
Le moment est venu pour que les autorités marocaines commencent à contrôler toutes les opérations de transfert de fonds provenant de l’étranger ou allant à l’étranger.
Car, à tout moment, le Maroc peut devenir une plaque tournante du financement du terrorisme.
La deuxième remarque à faire, à ce niveau, porte sur la responsabilité de l’Etat. Ce dernier ne doit plus fermer les yeux sur les opérations de collectes de fonds destinées aux maisons de bienfaisance ou octroyées. Au contraire, il doit les surveiller de près et les contrôler.
A tout instant, il peut y avoir un détournement de fonds au profit du terrorisme potentiel.
Donc, plus jamais de collectes non-autorisées. Chaque organisme se doit de demander une autorisation à l’Etat avant toute collecte de fonds et de mettre fin aux transactions non réglementées laissées au bon vouloir de certains courants.

Est-ce que vous estimez que ces actions sont nombreuses au point de constituer une menace pour le Maroc ?
Le phénomène non réglementé est très courant et exagéré.
Pendant plusieurs occasions, des organismes procèdent à des collectes de fonds et de biens en nature sans aucun contrôle de l’Etat, ni en amont ni en aval. Ni les recettes, ni les dépenses. L’on peut évoquer, à ce sujet, les problèmes liés à Al Ihssane ( la bienfaisance) à des dons d’entrepreneurs ou de notables dont profitent certaines associations pour la construction de mosquées ou de dispensaires et qui se chiffrent à plusieurs milliards de centimes.

Est-ce que l’Etat dispose de moyens suffisants pour contrôler ce genre d’opérations ?
L’Etat doit avoir le dispositif nécessaire et les moyens de contrôle du secteur informel qui peut représenter 40% du PIB du pays, soit 80 milliards de dirhams et doit interdire toutes ces opérations de collecte qui renflouent les caisses du terrorisme.
Aussi, indépendamment du caractère juridique de cette affaire, il est évident que si l’on ne procède pas au démantèlement des mécanismes de financement du terrorisme, ce fléau ne pourra pas être éradiqué.
Car, au fond, les terroristes sont entraînés quelque part et disposent d’engins et d’explosifs qui coûtent chers et ne sauraient, par conséquent, être le fruit de parents pauvres.

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