«Il faut faire preuve de plus de courage»

«Il faut faire preuve de plus de courage»

ALM : Tout d’abord, quel bilan pouvez-vous faire de l’action gouvernementale?
Driss Lachgar : Ni notre position vis-à-vis du gouvernement, ni la manière avec laquelle nous avons travaillé tout au long de ces neuf mois, ne feront dire à un quelconque observateur que nous ne considérons pas l’action gouvernementale comme positive. Nous avons fortement participé à cette action. Notre rôle, en tant que groupe parlementaire, consiste à nous placer en tant que renfort du gouvernement, malgré les réserves que nous avons émises lors du débat du programme gouvernemental. Je pense, notamment, à la dualité entre le technocrate et le politique et aux acquis démocratiques du gouvernement de l’Alternance.
En somme, nous soutiendrons le gouvernement, tant qu’il n’y aura pas de dérapages.
Quels sont, selon vous, les grands tests que le gouvernement a dû passer?
Nous pouvons en citer les trois plus importants, à mon avis. Il y a, en premier lieu, le dossier de notre intégrité territoriale dans lequel le gouvernement joue également un rôle indéniable. Même s’il n’est pas le seul. La réponse du Maroc au dernier plan de James Baker a été remise après concertation de toutes les composantes politiques du pays. C’est un point positif. En matière économique, il y a lieu de citer les privatisations réussies de plusieurs établissements publics, tels que la régie des tabacs ou la cession des 38% de la Somaca. La transparence de ce genre d’opération, fruit du gouvernement d’Alternance, ne se trouve pas dans les pays voisins du Maroc. Enfin, le test le plus difficile est sans doute celui du 16 mai. Le gouvernement a joué un rôle important pour préserver l’unité et la sécurité de notre nation. Malgré la cruauté de leurs actes, tous les accusés ont bénéficié de leurs droits, tels qu’ils sont légalement prévus, notamment en matière de garde à vue. Le ministère de la Justice a fait preuve de transparence totale, en conformité, d’ailleurs, avec les instructions Royales.
Que penseriez-vous si un remaniement ministériel est effectué?
Je n’aime pas parler d’un événement qu’il n’a pas encore eu lieu. C’est un faux débat, à mon avis. Qu’il y est remaniement ou pas, le gouvernement doit faire preuve de plus de courage dans la prise de décision. Les institutions doivent être fortes. La loi organique sur le droit de grève doit être adoptée. La grève dans la fonction publique ressemble à un congé payé. Chaque phénomène politique, économique ou social doit être accompagné d’une loi. Voilà la mission de tout gouvernement.
Avez-vous changé d’avis concernant l’origine partisane du Premier ministre?
Nous n’avons pas changé d’avis. Indépendamment de ce que peut déclarer tel ou tel usfpéiste, les décisions sont celles des organes du parti. Globalement, notre relation avec le gouvernement est gérée par des accords et jusqu’à présent, rien ne justifie leur remise en question.
Un bon score dans les communales peut-il changer cette donne?
En principe, les résultats des élections communales n’ont aucun rapport avec la composition gouvernementale. Les utiliser comme une carte de pression, c’est faire preuve d’opportunisme politique. Nous sommes conscients des contraintes du pays. Donc, nous tiendrons toujours compte de la maturité politique de toutes les composantes politiques du pays.
Nous avons l’impression que la relation gouvernement/Parlement est moins forte qu’avant.
Comme je l’ai dit, la majorité parlementaire est un soutien pour le gouvernement. Le niveau de coordination entre ces deux institutions a été exemplaire. Il ne faut pas oublier que nous avons travaillé sans interruption avec la session extraordinaire. A ce sujet, j’ai été vexé quand le Premier ministre a omis de faire allusion au rôle primordial du Parlement dans son dernier discours devant les députés. C’est grâce à sa majorité parlementaire que le gouvernement peut se considérer comme fort. Ceci dit, dans la pratique, l’exécutif travaille étroitement avec le parlement.
Que pensez-vous de l’action des ministres usfpéistes?
Le ministère le plus important est celui des Finances. Son action est, dans tous les pays, impopulaire. Fathallah Oualalou a réussi dans plusieurs dossiers, que ce soit en matière de privatisation ou dans des domaines sociaux comme les augmentations pour les administrateurs. Mohamed Bouzoubaâ, a également fait un excellent travail au ministère de la Justice. Surtout après les évènements du 16 mai. Justement, ces évènements ont prouvé que l’aménagement du territoire est un élément très important. L’action de Mohamed El Yazghi le prouve. En matière d’éducation nationale et d’enseignement supérieur, il faut signaler que les mesures prises ne donnent leurs fruits qu’à long terme. Mohamed Achaâri, quant à lui, a fourni des efforts colossaux pour mettre à niveau la culture et les artistes marocains. Il suffit de voir le nombre de festivals qui sont organisés chaque mois. Nezha Chekrouni a également joué un rôle primordial vis-à-vis des MRE lors de sa tournée en Europe. A ce titre, je voudrais souligner que le gouvernement devrait faire pression sur les pays d’accueil pour que les Marocains qui s’y trouvent bénéficient d’un droit linguistique. Enfin, la réussite de la campagne des vacances pour tous est également un bon point pour Mohamed El Gahs.

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