Il faut renforcer le front intérieur

ALM : Comment évaluez-vous le second plan de James Baker sur lequel s’est basé Kofi Annan pour présenter son dernier rapport sur le Sahara devant le Conseil de sécurité ?
Mohamed Benyahia : Il s’agit d’un recul manifeste par rapport aux propositions précédentes de M. Baker . C’est un recul incompréhensible pour le peuple marocain. Parce que lorsqu’on parle de solutions politiques, cela suppose qu’il y débat, échanges de points de vue et, bien entendu, des accords précis qui engagent tout le monde et qui sont définitifs. Dans le cas échéant, cette logique fait défaut.

Comment justifier cette situation ?
À mon avis, la question primordiale qui s’impose à cet effet concerne le timing de cette nouvelle démarche et ses véritables objectifs.
En termes plus clairs, ce rapport arrive après plusieurs années d’exercice par James Baker de ses responsabilités, en tant qu’envoyé personnel du secrétaire général des Nations Unies. Or, jamais M. Baker  n’a insisté sur un dossier autant qu’il le fait maintenant. Sachant que cette nouvelle position s’inscrit dans une conjoncture où des responsables algériens de haut niveau et bon nombre d’acteurs socio-politiques, notamment au niveau de la société civile  commencent à évoquer la nécessité des négociations politiques pour le règlement de la question du Sahara, et laissent de côté la thèse du référendum.

Est-ce que ce Plan a un quelconque rapport avec le rapprochement maroco-algérien ?
Ce que l’on peut dire à ce niveau, c’est qu’il y a quelque chose qui bouge au niveau des rapports entre le Maroc et l’Algérie, aussi bien au niveau des Etats que des sociétés civiles. Contrairement au passé, il y a un climat positif qui est en train de s’instaurer entre les deux pays, d’autant plus qu’il y a des déclarations et des articles dans la presse qui plaident en faveur d’un règlement politique de cette question et contre la mise en place d’un nouveau Etat dans la région. Or, c’est en ce moment là que l’initiative précitée survient.

Mais qu’est-ce que vous reprochez au juste à ce projet ?
Sans entrer dans les détails, il n’est pas question d’accepter certaines positions contenues dans le Plan Baker et qui vont à l’encontre des intérêts du Maroc et de son intégrité territoriale, d’autant plus que ce plan n’est pas clair et n’est dans l’intérêt ni du Maroc ni de l’Algérie.

Y a-t-il alors des intérêts économiques derrière cette volte-face américaine ?
Peut-être.

L’Espagne s’apprête à présider le Conseil de sécurité et n’a pas cessé de demander, ces derniers temps, de s’associer aux «parties concernées». Qu’en dites-vous ?
Certes, l’Espagne a des intérêts dans la région. Mais, il ne faudrait pas oublier qu’elle a signé l’accord de Madrid en 1975. Je la vois donc très mal contredire ses propres positions.

Qu’est-ce que vous préconisez pour surmonter le blocage auquel se heurte la question du Sahara marocain ?
Dans les temps qui courent, le Maroc est amené à engager le combat sur deux fronts de lutte.
D’abord, il est appelé à consolider son Front intérieur, comme il l’avait fait en 1975. Aujourd’hui, il faudrait reconnaître qu’outre la question du Sahara, nous avons un autre problème non moins épineux qui est celui du terrorisme. Donc, il faudrait amorcer une nouvelle mobilisation pour la consolidation du Front intérieur, et cela n’est possible qu’à travers la participation de tous les Marocains, de toutes les régions du Royaume et de toute sa population. Le deuxième impératif consiste en l’amorce d’une véritable opération de lifting pour notre diplomatie et de remédier à l’héritage du passé.
Mais, pour ce faire, il faudrait investir sur les ressources humaines  et revoir nos méthodes d’action diplomatique.
Bref, beaucoup de choses restent à faire pour défendre nos intérêts, dont en premier lieu le renforcement du Front intérieur afin de faire face à toutes les éventualités.

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