Il faut savoir vendre

ALM : Des avancées ont été enregistrées dans le chantier de la mise à niveau. Cependant,  du côté de l’entreprise, on attend des réalisations qui tardent à voir le jour. Quel est votre avis sur la question?
Abderazzak El Mossadeq : Je commencerais par dire que je suis contre l’idée selon laquelle il existe une administration qui se charge de la seule conception des projets et des services extérieurs chargés de leur exécution, sans prise en considération de la réalité. On ne pense jamais sans être dans le concret. C’est impossible. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, même les plus belles théories mathématiques sont issues de réalités, du terrain. Dans une science sociale ou économique, une conception ne peut pas exister sans qu’il y ait du concret derrière. C’est ce que nous avons fait.
Toutes les mesures de mise à niveaux ont été discutées auparavant avec les industriels. Les visites effectuées sur le terrain s’inscrivent dans ce cadre. Le but est d’être à l’écoute de l’entreprise marocaine, de ses problèmes et manquements. Nous avons également eu plusieurs réunions avec les représentants du patronat. C’est de là que les idées ont germé et les projets ont été élaborés. Autrement dit, tout a été décidé à partir de la base, synthétisé au sommet avant de se répercuter sur les entreprises par des mesures concrètes.

Ce n’est pas l’avis des entrepreneurs.
Ce qu’il faut savoir dans la réalité économique marocaine c’est que le temps de la facilité est terminé. Il faut se battre. Il fut un temps où toutes les facilités étaient accordées aux entrepreneurs marocains pour qu’ils se développent. Le tout, dans un marché protégé. Ce temps-là est désormais révolu. Le marché est de plus en plus concurrentiel. Il a ses lois qu’il faut respecter, ses règles qu’il faut assimiler, maîtriser. Les entreprises doivent s’y mettre. Il n’existe plus de marché facile d’accès. Se contenter de bâtir des édifices,d’ importer du matériel, d’embaucher des gens et gagner facilement de l’argent dans un marché protégé n’est plus envisageable. Il ne suffit plus de savoir fabriquer.
Il faut savoir vendre. C’est ce qui déplaît à certains. Etre entrepreneur, ce n’est plus acheter des intrants et vendre des produits. C’est celui qui, après avoir investi, cherche à minimiser les coûts de production, à acheter moins chers les intrants, à améliorer la qualité de ses produits, à vendre sur le marché. Etre entrepreneur, c’est aussi être sensible aux demandes du marché et , surtout, faire évoluer le marché vers d’autres produits qui n’existaient pas auparavant. Je citerai pour exemple le tourisme. L’important, ce n’est pas d’avoir des chambres et des lits. C’est savoir les remplir. Là est toute la différence. Et nous travaillons dans le sens de sensibiliser davantage l’entreprise marocains à ces nouvelles donnes.

Avez-vous les moyens de votre politique ?
Quand les objectifs sont clairs et les sont projets bons, le reste suit automatiquement. Le meilleur exemple est celui de l’Administration des douanes. Avec tout ce que nous avons fait, le coût en Dirham courant par rapport à la collectivité a été de zéro dirham. Il faut savoir utiliser ses moyens. D’une informatique de production, avec les déclarations numériques, on est passé à une informatique de gestion. Le matériel informatique était tout simplement sous-utilisé. Ce n’est pas toujours le manque de moyens qui est derrière l’échec d’une expérience donnée. La réponse est à trouver dans la bonne gestion, l’utilisation optimale des moyens de bord, le suivi et l’adhésion que l’on peut susciter auprès des partenaires.  Il y a tellement de choses à faire à cet égard.

N’empêche que des reproches commencent d’ores et déjà à être formulés vis-à-vis du processus de mise à niveau. A commencer par l’ANPME (Agence nationale pour la promotion de la PME), basée à Rabat au lieu de Casablanca, les lignes de financement qui restent méconnues, la Caisse Centrale de Garantie qui  hiberne…Que répondez-vous à ces remarques?
Pour l’ANPME, la même question a été soulevée lors du déplacement de la Douane à Rabat. Pourquoi s’acharne-t-on à vouloir se concentrer sur Casablanca, alors que les discours vont dans le sens de la déconcentration? Ce n’est pas valable comme point de vue. A cela, s’ajoute le fait que Rabat est plus proche des centres de décision. Et que le fait d’être à Rabat pousse à la vraie déconcentration.
Quant à la CCG, ce n’est pas la faute à ses responsables mais celle du système bancaire qui n’utilise pas encore le système des garanties. Personnellement, je suis pour le regroupement de la CCG et de Dar-Ad-Damane dans un seul organisme. Parmi les choses qu’on a décidées, c’est que, une fois une ligne de financement  est clarifiée, on compte harmoniser les actions à la fois de l’agence, de la Caisse centrale et des banques.
Un travail de sensibilisation va être mené au niveau des lignes de financement à travers des visites et des réunions avec les industriels.

Qu’en est-t-il des réalisations ? quel est votre bilan à ce niveau?
On est sur le bon chemin. Contrairement à ce que plusieurs personnes pensent, il existe beaucoup de bonne volonté. Au niveau de l’administration comme celui des entreprises. On a également levé le tabou disant que l’administration n’aide pas assez les entrepreneurs par un soutien et un accompagnement aussi concrets que permanents. L’image de ces derniers auprès de l’administrateur a également été améliorée. C’est aussi le rôle de l’entreprise qui doit communiquer une image créatrice de richesses et d’emplois et non de riches. Plusieurs mesures prises commencent déjà à être ressenties sur le terrain.
Exemple : la transformation de la taxe intérieure sur la consommation en TVA a été répercutée notamment  par les cimentiers sur le prix de vente. L’intérêt de cette mesure, et la nouvelle configuration du marché font que ces derniers anticipent pour barrer la route à l’importation. Se mettre à niveau, modifier sa façon de faire, être à l’écoute et anticiper est un état d’esprit nouveau qui s’installe progressivement à la fois au sein de l’administration et de l’entreprise.
Ce qu’il faut retenir, c’est que ces démarches ne sont pas des faveurs. Ce sont des obligations qui doivent être justifiées par le décideur, assimilées, comprises et appliquées par l’entreprise.  

Certains vous reprochent d’être sur plusieurs chantiers à la fois, au risque d’empiéter sur d’autres départements concernés par la mise à niveau?
Un homme, quelles que soit ses capacités, a ses limites physiques et intellectuelles. Il faut savoir gérer et faire confiance aux équipes par lesquelles on est entouré et essayer de ne pas vouloir tout faire soi-même.
Contrairement à ce que vous avancez, ma tâche principale est de faire travailler tout le monde. Notre travail est de booster les choses. Chaque fois qu’il y a un plus à apporter, nous le faisons. Mais de là à nous accaparer tous les dossiers.
La confiance est de rigueur. La consultation aussi. L’illustration la plus parfaite de mon point de vue est l’ANPME, un grand chantier qui passera sous la tutelle du ministère de l’Industrie, du Commerce et des Télécommunications. Encore une fois, notre objectifs est de réunir tous les protagonistes de la mise à niveau au Maroc et de faciliter leurs tâches respectives.

Entretien réalisé par Tarik Qattab et Bensalem Fennassi

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