«Il faut tourner la page du 16 mai»

«Il faut tourner la page du 16 mai»

ALM : Que pensez-vous du renforcement des conditions sécuritaires dans les principales villes du Maroc et son impact sur l’économie du pays?
Mohamed Ziane: Personnellement, je ne suis pas au courant des secrets du pays. Toutefois, j’espère que l’on ne va pas utiliser un marteau-piqueur pour casser une noix car il se peut que le déploiement des forces de l’ordre ne soit pas proportionnel à la menace. En effet, des tracts ont commencé à circuler invitant les citoyens à ne pas célébrer le nouvel an sous prétexte que c’est une fête étrangère à la religion musulmane. En fait, cela dénote d’une misère culturelle et d’une ignorance qui sont beaucoup plus profondes, au Maroc, que le marasme économique et social. Je tiens à dire, à ce titre, que le nouvel an n’est ni catholique ni musulman. Le gouvernement devrait utiliser les médias publics pour expliquer cela aux citoyens. Pour leur expliquer que nous entamons l’année 2004 avec un nouveau budget, des espoirs renouvelés, etc. Je regrette que le gouvernement ait moins brillé que ces misérables.
Même les parlementaires semblent se désintéresser de ces questions d’ordre sécuritaires. Pourquoi à votre avis?
Un problème sécuritaire se pose de manière directe entre le régime et la population. Parfois, les intermédiaires, c’est-à-dire les partis politiques et les parlementaires, sont beaucoup gênants. Tant que nous n’avons pas un Premier ministre à l’image de ceux de la France, de l’Allemagne, de l’Espagne ou de l’Italie, nous ne pouvons pas parler du gouvernement et du Parlement. J’entends par cela, un Premier ministre qui prend la parole chaque semaine devant les élus du peuple. Il rend ainsi compte de manière régulière. Il est regrettable de voir les interventions de notre Premier ministre au Parlement prendre l’allure d’un véritable événement transcendant. Il suffit de voir la misère de notre télévision nationale et la comparer avec ce qui se passe sous d’autres cieux.
Vous dites que l’aspect sécuritaire est une question directe entre le régime et la population. De quelle manière?
Un régime doit avoir un gouvernement crédible, capable de s’adresser aux populations. Mais manifestement, le nôtre est composé de ministres qui privilégient le mensonge à la transparence. Le seul critère de choix des membres du gouvernement doit être la compétence. Celle-ci s’entend dans tous les domaines, même les plus pointus.
Quel impact sur l’économie peuvent avoir les tracts dont vous avez parlé?
Malgré le fait que l’on parle de sciences économiques, force est de constater que l’économie est avant tout un état psychologique et une atmosphère de confiance. Sans un climat paisible, nous ne pouvons stimuler ni la consommation, ni l’investissement. Mais dans une ambiance d’insécurité intérieure rien de cela n’est possible. Le Maroc a connu plusieurs années où le décollage était possible. Je pense notamment à l’année de l’accession de SM le Roi Mohammed VI, aussi douloureuse qu’elle soit à cause de la mort de Feu Hassan II. L’année 1999 était favorable car la confiance, l’espoir et l’adhésion populaires étaient au rendez-vous.
Vous avez parlé d’insécurité intérieure. Qu’entendez-vous par là?
Dans un pays où la condamnation à mort vous guette pour un oui ou pour un non, aucun décollage économique n’est envisageable. Il faut tourner la page du 16 mai et avancer à pas de géant. Il ne faut pas que le terrorisme soit une donne, mais uniquement un incident de parcours très contestable et très regrettable. C’est là où le gouvernement doit intervenir.
Concrètement, quel rôle doit jouer, selon vous, le gouvernement pour tourner la page du 16 mai?
Le gouvernement doit commencer par être sincère. Il doit annuler les augmentations des ministres et des parlementaires. Les salaires supérieurs à celui du Premier ministre doivent être taxé à 110% d’IGR. Tout cela permettra de gagner deux milliards de DH nécessaires pour créer 26.000 postes budgétaires de l’échelle 7 à l’échelle 11. Les diplômés chômeurs vont en bénéficier. Et c’est ainsi que nous créerons l’espoir et que nous mettrons fin au marasme social. La consommation des ménages sera stimulée, la production également. Grace à une économie dynamique, le Maroc pourrait facilement relever tous les autres défis sociaux.

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