Il voulait être premier ministre

Il voulait être premier ministre

Et si l’USFP passait à l’opposition ! cette idée n’a rien d’une boutade. Elle se nourrit d’un constat qui s’est imposé à tous depuis la formation en novembre 2002 de l’actuel gouvernement: l’opposition est inexistante ou presque. Plus de voix dissonante pour apporter la contradiction à l’Exécutif. Plus de débat intéressant sous la coupole. Depuis que la musique du PJD, qui tentait de faire de l’opposition à sa manière en étant agressif et populiste à volonté, s’est tue dans la foulée des événements du 16 mai, le Parlement est redevenu une belle caisse de résonance où l’ennui le dispute à la démobilisation. Pas de panache. Pas de souffle. Unanimisme dans toutes les travées. Or,trop de consensus tue la politique.
Et c’est justement le mal qui frappe le Maroc. Cette absence de politique qui s’est abattue soudainement sur le pays comme une malédiction est en train de tout rapetisser. Il ne s’agit pas d’aimer ou de ne pas aimer la politique. Il ne s’agit pas de s’en désintéresser sous prétexte que les politiques sont des hommes malhonnêtes qui ne cherchent qu’à se servir au lieu de servir. La formule “tous ripoux“ participe d’une vision manichéenne des choses qui équivaut à de l’angélisme. Ce qui manque au Maroc pour que ses institutions fonctionnent normalement, ce sont des mécanismes clairs qui permettent à chaque responsable politique, qu’il soit élu local, député ou ministre, de rendre des comptes au cours et en fin de mandat.
La politique, outre le fait qu’il est l’art du possible, est un instrument indispensable pour faire vivre la démocratie et animer la scène nationale dans le sens des véritables préoccupations des citoyens. On ne va pas inventer la roue. Le système démocratique a ses règles et ses exigences. Il faut s’y conformer. Ne pas les adopter ou les faire vivre de travers, c’est vider la démocratie de sa substance.
Cette substance se puise dans une opposition parlementaire forte et cohérente. L’USFP a les moyens d’en être un bon chef de file compte tenu de sa longue expérience comme force de contestation. Nombre de facteurs militent pour le retour des socialistes à leur ancien camp. D’abord, la nécessité de créer un pôle de gauche autour de l’USFP qui soit le pendant d’un pôle de droite mené par l’Istiqlal. Frères-ennemis, ces deux grandes formations ont administré à de multiples occasions la preuve qu’elles ne sont pas faites pour cohabiter ensemble. La rencontre de l’un et de l’autre n’a provoqué jusqu’ici que des étincelles. Ensuite, la participation globale des ministres USFP au sein du gouvernement Jettou, exception faite de Mohamed Bouzoubaâ de la Justice, péche par sa faiblesse. Et pourtant les Yazghi, Malki et autres Alioua sont des poids lourds du parti. Peut-être les intéressés sont-ils à contre-emploi dans les départements dont ils ont charge.
Or, la réorganisation du champ politique autour de ces deux structures partisanes n’est pas à l’ordre, encore moins le passage de l’USFP à l’opposition. L’actualité du microcosme politique s’est figée depuis quelques jours sur une rumeur de plus en plus insistante qui fait de Hassan Abouyoub le futur Premier ministre du Maroc à la place de Driss Jettou. L’actuel ambassadeur du Royaume à Paris a profité de son récent séjour au pays consacré à la préparation de la réunion de la prochaine grande Commission mixte maroco-française pour faire lui-même campagne en faveur de sa candidature à la Primature. Une agitation qui a agacé plus d’un. Tout à sa fougue, le candidat auto promu, plusieurs fois ministre sous la bannière du MP, semble avoir oublié que le changement et le choix du Premier ministre sont constitutionnellement une prérogative royale.
Le retour de M. Abouyoub sur la scène nationale s’est opéré suite à la réunion, tenue samedi 20 décembre à Rabat, des états-majors des trois partis de la mouvance (MP, MNP et UD) pour réclamer à l’unisson des postes de responsabilité proportionnellement à leur statut de première force politique du pays. Il est vrai que la famille harakie est fondée de s’estimer lésée en termes de portefeuilles ministériels eu égard à l’importance des sièges dont elle dispose aujourd’hui dans le Parlement avec ses deux Chambres. Mais c’est l’addition du score de chaque composante qui fait de la mouvance le premier parti du Maroc alors que l’union des uns et des autres dans un seul ensemble avec un seul leader reste encore au stade de projet.
Tout porte à croire que Driss Jettou va conserver son poste de Premier ministre. Mais il est appelé à procéder à des réglages devenus nécessaires au sein de son équipe. L’un des plus importants est de réduire le nombre de portefeuilles actuellement au nombre 39 –on parle de les ramener à 30 -de telle sorte d’obtenir un gouvernement resserré avec des pôles ministériels forts et cohérents. Cette refonte impose le départ des “maillons faibles“ et l’arrivée de nouveaux visages qui allient compétence et éloquence.
L’avènement du cabinet Jettou II, remanié et ramassé, est dans l’air. Une chose est sûre : l’équipe originelle a donné depuis plusieurs mois des signes d’essoufflement sérieux. Il s’agit désormais de mettre en place un Exécutif dont l’ensemble des éléments sont d’égale valeur, combatifs, visibles et imprégnés du même esprit. Ce qui est loin d’être le cas.

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