Ils sont sous les verrous

Ils sont sous les verrous

C’est au petit matin de ce mardi 17 février vers 5 heures que Abdelaziz Laâfora et Abdelmoughit Slimani ainsi que huit de leurs co-accusés ont été mis sous mandat de dépôt à la prison Zaki à Salé. Huit autres ont bénéficié de la liberté provisoire, tandis que deux prévenus, employés à la commune des Roches Noires à Casablanca, ont obtenu un non-lieu. Ainsi en a décidé le procureur près la Cour spéciale de justice (CSJ) au terme de la comparution des 20 prévenus poursuivis dans le cadre d’une même affaire pour divers chefs d’accusation : détournement de deniers publics, malversations financières, falsification de documents et abus de pouvoir.
C’est sous bonne escorte policière que les accusés accompagnés de leurs avocats sont arrivés à la Cour spéciale de justice lundi 16 février aux environs de 18 heures. Mais ils ne seront présentés devant les juges que minuit passé. Les affres de l’attente dans une salle du tribunal étaient pénibles notamment pour les prévenus. Arborant la mine des mauvais jours, ils ont du mal à cacher leur angoisse. Tous caressent un seul espoir : comparaître en état de liberté pour éviter l’humiliation de la détention et la détresse qu’elle génère aussi bien pour le prisonnier que pour sa famille. Espoir déçu.
Cette affaire, instruite depuis plusieurs mois par la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ) a ses prévenus vedettes. Il s’agit de Abdelmoughit Slimani, ex-président de la communauté urbaine de Casablanca et ex-président de la commune des Roches Noires et Abdelaziz Laâfora ancien gouverneur de Aïn Sebaâ-Hay Mohammadi. Les faits (ils datent entre 1994 et 1996) qui sont reprochés au premier ont un lien avec sa gestion jugée sujette à caution de la municipalité située dans le territoire d’une préfecture où le second était un patron doté de tous les pouvoirs. Ce fut l’époque où Driss Basri était le tout-puissant ministre de l’Intérieur. Le nom de celui-ci, dont les deux principaux accusés étaient de très proches collaborateurs et fidéles serviteurs, plane d’ailleurs sur ce scandale aux multiples facettes.
La capitale économique, conçue comme une pompe à fric, a subi pendant au moins deux décennies une rapine organisée qui a donné lieu à une série de dépassements et de passe-droits notamment dans les domaines juteux du foncier et de l’immobilier. Ce sont sur ces deux mamelles essentielles que se sont construites des fortunes colossales et des villas somptueuses. Cela était connu.
Deux plaintes déposées par deux entrepreneurs qui faisaient partie de ce système ont mis en lumière quelques cas de cette gabegie locale, en fait une goutte d’eau dans un océan d’incurie. Il s’agit de l’Irakien Mohamed Wahib, propriétaire avec son frère Taoufik d’une entreprise de construction qui fournissait les matériaux pour des projets immobiliers pour le compte de la commune des Roches Noires. Mais cette société ne sera jamais remboursée pour les marchandises fournies.
Le deuxième opérateur est un ressortissant suisse du nom de Jacques Victor Levat dont la société Helvética a obtenu de gré à gré des marchés importants dans différentes villes du Royaume notamment à Casablanca et Agadir. Sièges de préfectures, hôtels, projets immobiliers lancés par la commune et au passage des villas pour les donneurs d’ordre…En fait, M. Victor Levat n’était qu’une couverture de Slimani et même au-delà… D’ailleurs, l’intéressé sera lâché plus tard et finira en taule en 1996 dans sa ville de résidence Agadir pour émission de chèques sans provision.
Les autres co-accusés de la paire Slimani-Laâfora sont des gens qui ont profité de cette gigantesque toile de prébendes. Dans le lot, on trouve des architectes comme El Amine Demnati, des banquiers comme Azeddine Al Bakraoui et des ingénieurs communaux comme Lahcen Hairouf et des hommes d’affaires ou de paille tels que Boujemaâ Youssfi… Ils mangeaient tous au même ratelier, celui des collectivités locales.
L’argent provenait d’une seule source pour passer indûment par plusieurs poches. Abdelmoughit Slimani et Abdelaziz Laâfora, qui étaient les deux principaux piliers de l’ancienne administration du territoire à Casablanca, ont été rattrapés par les quelques scandales où ils ont trempé. Lorsque l’un et l’autre furent écartés du pouvoir après le limogeage de Driss Basri en novembre 1999, c’en était fini de l’impunité dès lors que la couette protectrice a sauté. Ils savaient qu’ils seront un jour inquiétés. C’est dans cette hantise qu’ils ont vécu jusqu’ici. Le sursis n’a pas duré longtemps. Abdelmoughit Slimani, un homme qui était du reste connu surtout pour sa bonhomie, s’est immédiatement réfugié dans la piété et le recueillement. Quant à Abdelaziz Laâfora, un personnage intrigant et intelligent, il a tenté depuis qu’il a perdu le commandement de se faire oublier.
À travers le procès de cette paire et de ses complices c’est un système avec ses hommes et ses méthodes et qui a secrété privilèges et corruption qui va être jugé.

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