Inscription aux listes électorales : Pourquoi assiste-t-on à un tassement de l’électorat ?

Inscription aux listes électorales : Pourquoi assiste-t-on à
un tassement de l’électorat ?

Ce sont 253.271 électeurs qui ont disparu des listes électorales depuis 2009. Petit cours de mathématiques : Ils étaient 13.360.219 en 2009. Ils sont 13.106.948 électeurs inscrits dans les listes électorales le 6 juin 2011, selon le ministère de l’Intérieur. Ainsi s’observe une baisse de presque 2% du nombre d’électeurs, alors qu’on s’attendait à une hausse liée notamment au regain d’intérêt des jeunes à la politique mais aussi à la croissance naturelle sur le plan de la démographie. Puisque selon les projections du HCP, «le nombre de la population en âge de voter est de 21.587.000 en 2011. Alors qu’il était de 20.727.000 en 2009. Soit une augmentation de 860.000 entre 2009 et 2011», a indiqué à ALM Jamal Bourchachen, secrétaire général du Haut Commissariat au Plan. Comment s’explique donc cette baisse d’électeurs. Où sont-ils partis ? «Pendant des années, on s’est plaint de l’existence dans les listes de doubles inscriptions, d’inscriptions frauduleuses de personnes décédées, de citoyens fantômes. Selon moi, cette baisse est due à un ajustement, une mise à jour plus sérieuse pour l’assainissement des listes électorales», a expliqué à ALM Wadia Benabdelah, membre du bureau politique du RNI. Selon le politologue Mohamed Darif, «le traitement informatique des données a aussi permis plus de rigueur et une plus grande rationalisation des inscriptions dans les listes. Des listes polluées auparavant par des doublons et d’autres données qui devaient être supprimées depuis longtemps». M. Darif explique aussi cela par un changement d’attitude des autorités locales : «Avant, les électeurs étaient inscrits par les autorités à travers le Moqadem d’une manière plus au moins systématique, aujourd’hui des gens sont libres de s’inscrire ou pas». Mais il y a aussi des détails techniques pour pouvoir comprendre cette baisse étonnante du nombre d’électeurs. «Les citoyens ne peuvent être inscrits que dans leur arrondissement, ceux qui ont déménagé doivent se réinscrire, sinon ils sont automatiquement supprimés des listes», ajoute M.Darif. Pour sa part, Mohamed Mustapha Ibrahimi, membre de l’USFP, souligne: «Il y a eu aussi une suppression d’un nombre important d’inscrits entre 2009 et 2011, due à des décès, des changements de domiciliation des citoyens». «Malgré la récente révision, ces listes électorales actuelles ne correspondent pas à la réalité. Elles se basent sur un travail fait, il y a 20 ans de cela. Même s’il y a un regain d’intérêt des jeunes pour la politique, ces derniers ne passent pas par le circuit conventionnel des élections et la mobilisation que cela induit», a-t-il ajouté. Pour Mohamed Moubdi, membre du MP, «le nombre d’électeurs n’a pas véritablement diminué. Ce chiffre révèle une simple correction technique».
Lahcen Daoudi, membre du PJD, quant à lui, déclare que «le ministère de l’Intérieur devrait inscrire les citoyens automatiquement via la carte d’identité nationale». «Logiquement, les listes électorales doivent compter environ 20 millions d’inscrits. Ainsi on remarque qu’il y a une exclusion planifiée de quelque 7 millions d’électeurs autres potentiels», s’interroge M. Daoudi. Pour sa part, Noureddine Moudiane, député du parti de l’Istiqlal (PI), souligne que «cette baisse est due à un assainissement des listes qui étaient depuis longtemps gonflées et irréelles». Mais selon lui, «le plus hallucinant, c’est le chiffre de 8 millions de citoyens ayant l’âge de voter et qui ne se sont pas inscrits». «Alors qu’on s’attendait à une hausse du nombre d’inscrits due à l’intérêt récent des jeunes pour la politique, on est frappé par le fait qu’un certain nombre de ces derniers aux appartenances idéologiques radicales boycottent tout acte de participation aux élections. Il y a un désintérêt collectif de la population, une faible mobilisation des partis politiques, une urgence dans la préparation des élections», déplore M. Moudiane. Et d’ajouter: «C’est pour ces raisons que le PI a toujours appelé à ce que l’inscription dans les listes électorales et le vote, par devoir de citoyenneté, soient obligatoires, ceci se fait dans plusieurs pays démocratiques». Il faut souligner que le ministère de l’Intérieur n’a pas donné aucune explication à cette baisse dans le communiqué qu’il a rendu public suite à la mise à jour définitive des listes électorales. Par ailleurs, le même communiqué indique que sur le total de ce corps électoral, 54,8% sont des hommes et 45,2% des femmes et que 44,4% des inscrits sont issus du milieu rural contre 55,6% du milieu urbain. Pour ce qui est de l’âge des inscrits, le taux des jeunes ayant moins de 35 ans représente 30% du corps électoral, selon le ministère de l’Intérieur.

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