Investissements extérieurs : le Maroc peut mieux faire

Dans son rapport sur l’évolution du flux des IDE au Maroc, remis à Driss Jettou à la mi-mars à Genève, la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) passe au peigne fin la situation du Maroc de 1989 à 2005. Sur la période, les stocks d’investissements directs étrangers sont passés de 3,4 à 18,6 milliards grâce aux réformes structurelles engagées au début des années 80 et consolidées à la fin des années 90. Ainsi, ce stock représentait 44% du PIB en 2005 contre 13% en 1989.
En 2005, le Maroc s’est classé premier pays hôte d’IDE au Maghreb et quatrième en Afrique. Des chiffres à relativiser selon la CNUCED : «Ces résultats en terme d’attraction des IDE restent modestes par rapport au potentiel d’investissement du pays. Malgré le fait que d’importants flux ont été attirés en dehors de toute opération de privatisation, l’importante volatilité de ces flux durant cette dernière décennie reflète le rôle essentiel joué par le programme de privatisation et l’absence d’une stratégie proactive de promotion des investissements», observe le rapport développé en 4 chapitres.
Si les réformes structurelles ainsi que celle relative à la réglementation de l’investissement ont produit des résultats remarquables en termes de flux, le CNUCED note néanmoins que le «pays manque de stratégie claire et proactive de promotion des investissements ». Bien que sur les 10,7 milliards de dollars d’IDE entre 1993 et 2003, plus de la moitié, soit 6,4 milliards, proviennent de la privatisation, le rapport estime inexact de penser que cette source constitue la seule responsable de l’afflux des IDE. «La confiance des investisseurs étrangers est basée principalement sur les réformes que le gouvernement marocain a entreprises parallèlement à la mise en œuvre du programme de privatisation ».
D’autre part, note le rapport, le Maroc souffre d’un faible taux de réinvestissement des revenus issus d’un premier investissement. Sur les huit dernières années, les revenus réinvestis étaient de seulement 0,72%. «Cette attitude de la part d’investisseurs qui sont déjà installés dans le pays pourrait être révélatrice de l’existence d’obstacles à l’investissement et de l’absence d’une réelle stratégie de suivi des investissements» commente le rapport.
En ce qui concerne les investissements en installations nouvelles en 2005, l’Afrique du Nord a été destinataire de 188 projets dont 43 en Algérie, 42 en Egypte, 30 en Tunisie et 54 au Maroc. En 2005, le nombre de filiales de sociétés transnationales atteint le nombre de 363 au Maroc comparé à 2703 en Tunisie et 271 en Egypte. Suivant l’analyse par stock d’IDE, l’Egypte réalise la meilleure performance en Afrique du Nord. Sur l’année 2005, le Maroc prend désormais l’avantage sur la Tunisie, avec 22 milliards d’IDE contre 16 pour son voisin. Le Maroc a vu son stock par habitant quadrupler sur la période 1995-2005, passant de 170 à 720 dollars par habitant. « La comparaison entre les performances du Maroc et de ses voisins en termes d’attraction d’IDE démontre l’important potentiel que recèle le pays. Néanmoins, le niveau absolu du capital étranger au Maroc, reste insatisfaisant pour supporter la croissance et la diversification nécessaire de l’économie», indique la CNUCED.
En conclusion, le rapport estime les résultats relatifs aux flux d’IDE modestes par rapport u potentiel d’investissement du pays, reportant cependant l’espoir sur le plan Emergence et la poursuite de la modernisation du cadre règlementaire engagée depuis 1995. Parmi les mesures spécifiques préconisées par le rapport, la législation sur l’investissement étranger (il n’y a pas encore un texte spécifique codifiant l’ensemble du régime juridique applicable à cette catégorie), régie en partie par la loi 18-95 formant charte de l’investissement. Egalement soulevé, l’assouplissement de l’accès au foncier agricole pour les étrangers.
La grande recommandation concerne la la mise en place d’une Agence de promotion des investissements (API), financée par les privés et contrôlée par le ministère chargé de l’investissement. La faiblesse des moyens de la Direction des Investissements illustre bien les difficultés de la mise en place d’une vraie politique de promotion des investissements.

Des Investissements dopés par la privatisation
Le programme de privatisation du Maroc a été engagé en 1989. Il est devenu effectif au début des années 1990. En onze ans, 40 entreprises et 26 complexes hôteliers ont été partiellement ou totalement privatisés pour un total de 6,4 milliards de dollars. L’évolution des flux d’IDE entrant au Maroc semble donc être expliquée en grande partie par les opérations de privatisation. Sur les 10,7 milliards de dollars d’IDE pour la période 1993-2003, 6,4 milliards de dollars proviennent des opérations de privatisation.

Le Maroc par rapport à ses concurrents
En 2005, les flux d’IDE en Afrique du Nord ont plus que doublé pour atteindre 13 milliards de dollars, l’Egypte, le Maroc, l’Algérie, le Soudan et la Tunisie on été les hôtes des IDE  les plus conséquents. La forte croissance des IDE en Egypte est due aux importants investissements dans le secteur pétrolier. Alors qu’au Maroc et en Tunisie, la croissance des flux est attribuée principalement à la politique de privatisation. Cependant, sur la période 2001-2005, le Maroc demeure le pays le plus performant en termes d’accueil des IED, suivie par l’Algérie, l’Egypte et la Tunisie. De plus, en 2005, le Maroc a confirmé ses excellentes performances d’attractivité d’IED en se classant au deuxième rang des pays hôtes du Maghreb (premier de l’UMA) et au quatrième rang en Afrique.

3 millions de dollars pour l’Agence de promotion des Investissements
L’agence doit recevoir des fonds suffisants, c’est-à-dire bien au-delà du montant de ceux alloués à la DI. Compte tenu des objectifs du Plan Émergence, l’agence devra recevoir un minimum de 3 millions de dollars par an au titre du financement principal. Ces fonds devront provenir de l’Etat, car les expériences au sein des autres API montrent que le recours au secteur privé pour contribuer au financement principal n’est pas une solution durable. Cela dit, le financement mixte de projets particuliers avec le secteur privé est une solution envisageable qui a réussi ailleurs.

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