Ismaïl Alaoui : «Nous dénonçons l’achat des voix»

Ismaïl Alaoui : «Nous dénonçons l’achat des voix»

ALM : A la veille du renouvellement du tiers de la Chambre des conseillers, nombre de députés ont déjà démissionné de la première Chambre pour se présenter aux élections du 8 septembre prochain. Que pensez-vous de ce phénomène ?
Moulay Ismaïl Alaoui : Légalement, rien n’empêche un député de quitter la première Chambre pour se présenter aux élections du tiers sortant de la Chambre des conseillers. Pour ce qui est des raisons qui poussent à le faire, je ne peux les juger à l’emporte-pièce. Chaque cas est un cas particulier. Il est donc difficile de porter un jugement global. Il faut donc respecter et la loi et la liberté de chacun.
Il faut également banaliser tout cela et œuvrer pour que le travail législatif apparaisse comme quelque chose de normal.
Pour ce qui est de l’initiative de soumettre cette question à la commission parlementaire idoine, je crois que le groupe qui l’a fait a été inspiré et que c’est une bonne chose qu’il y ait débat public sur cette question.
Ceci nous renvoie également à la question de la réforme de la deuxième Chambre. Nous avions d’abord demandé sa suppression, mais actuellement, je pense que sa réforme serait la bienvenue.
Puisque le Maroc s’est orienté vers une politique de régionalisation, on peut concevoir un Sénat issu des collectivités locales.

Personnellement, émigreriez-vous vers la seconde Chambre ?
Non, je ne changerais pas de poste d’élu direct pour celui d’élu indirect. Je pense qu’un élu de la première Chambre a des comptes à rendre à ses électeurs et qu’il doit donc le leur rendre. Je pense donc qu’il doit demeurer en poste et se présenter devant eux pour défendre son bilan et celui du parti dont il porte les couleurs. Pour moi, il s’agit d’une question de confiance qu’il ne faut pas trahir. Ceci est mon sentiment personnel, mais on ne peut le transposer sur le comportement des autres, ni le leur imposer ni jeter la pierre à qui que ce soit sans raison valable.
Il s’agit là, je pense, d’un problème de maturité de la classe politique. Il y a, malheureusement, des élus qui se présentent au suffrage sans que leurs choix politiques ne soient fondés sur des convictions. Ils en changent donc au gré du temps et des opportunités qui s’offrent à eux.

Ce phénomène de transhumance politique d’un genre nouveau touche-t-il le PPS ?
Ce problème ne s’est jamais posé à nous. Maintenant, si. Nous avons un seul député concerné par ce choix. Quand il quittera la première Chambre, ce sera à celui qui le succède sur notre liste de prendre sa place. Cela n’influera donc pas sur notre groupe parlementaire.

Outre ce nomadisme parlementaire, certains dénoncent déjà l’utilisation de l’argent sale et l’achat des voix et des consciences. Quelle appréciation faites-vous de cela ?
Nous avons déjà dénoncé l’utilisation de l’argent sale et l’achat des consciences. Ce phénomène existe, malheureusement, au Maroc. Personne ne peut le nier. Mais il ne suffit pas de dénoncer à tort et à travers ou de condamner de manière arbitraire. Il faut avoir des preuves avant de le faire. C’est sûr que certains utilisent de l’argent sale pour soudoyer l’électorat. Nous les condamnons avec vigueur. C’est également sûr que d’autres ne le font pas. Dans tous les cas, ce phénomène est commun à beaucoup de pays dont le niveau de développement est identique au nôtre. Nous ne pouvons donc que le dénoncer avec toute la force nécessaire.

Soudoyer des électeurs est certes blâmable, mais l’utilisation des moyens de l’Etat dans le cadre des campagnes électorales l’est aussi. En tant que formation de la majorité, quelles précautions avez-vous pris pour que cela ne se produise pas ?
Je crois que celui qui a été mordu par le serpent se méfie de la corde, comme dit l’adage. Nous sommes pour que l’Administration observe une neutralité positive et qu’elle sévisse contre tous ceux qui nuisent au processus électoral.
En tant que parti qui gère la chose publique, et nos amis de la Koutla sont du même avis que nous, nous nous interdisons d’utiliser les moyens de l’Etat pour faire nos campagnes électorales.

Entre autres décisions prises lors de la récente réunion des leaders de la Koutla, figure la mise  sur pied d’un groupe de travail chargé de la stratégie électorale. Cette décision vise-t-elle à  empêcher l’Istiqlal et l’USFP de s’étriper comme ils l’avaient fait lors des législatives de 2002 ?
Nous avons pris cette décision pour ne pas nous retrouver face à des situations que nous avons vécues par le passé. Ce qui veut dire que nous ne sommes pas immunisés contre tout et qu’il nous faut prendre quelques précautions pour que ce qui s’est passé lors des dernières législatives ne se reproduise pas.

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