Itinéraire d’un groupe de terroristes

Itinéraire d’un groupe de terroristes

L’étau se resserre davantage autour des membres présumés du groupe terroriste de Hassan Khattab. Une source judiciaire a confirmé à ALM l’arrestation de quatre autres membres présumés de "Jamaât Ansar Al Mahdi". Il s’agit de trois éléments de la Gendarmerie royale, A.C., M.S. et B.R., et d’un policier. Deux des trois gendarmes étaient affectés à la brigade de Boulaâjoul (près de Salé), le troisième au Centre national de télédétection spatiale alors que le policier officiait à Rabat. Ces quatre personnes arrêtées le 9 août dernier devaient être déférées, vendredi 25 août, devant le Parquet de Rabat.
D’un autre côté, on apprend que plusieurs autres personnes, citées lors des enquêtes menées par la BNPJ (Brigade nationale de la police judiciaire), sont activement recherchées. Tel est, entre autres, le cas d’une certaine Fatima Zahra, alias "Oum Saâd".
Selon les conclusions préliminaires de l’enquête, la constitution du groupe "Ansar Al Mahdi", remonte à plusieurs années. Quelques éléments de l’armée travaillant à la première base aérienne de Salé y auraient joué un rôle déterminant. Ces derniers, le dénommé Toufik Oukeddi en tête, ont été influencés par la guerre d’Irak. "Chauffés à blanc", ils ont fini par se convaincre de l’idée du "Jihad". La lecture de quelques œuvres de quelques hérauts de l’islamisme radical (Abu Qatada, Abdallah Azzam et Abdelkader Abdelaziz, entre autres) a fini par les convaincre d’aller plus en avant dans cette direction.
Une première cellule sera créée par cinq éléments de la base de Salé et comportant, outre l’émir Toufik Oukeddi, Yassine Ouardini, Mohamed Lahbib, Mehdi Oukhellou et Mohamed Oussaoui.  Après une série de réunions dans leurs domiciles respectifs, ils se lient avec un imam nommé Mohamed Benayyad qui, pour sa part, les mettra en relation avec un autre imam extrémiste : le dénommé Hammadi Khalidi qui est réputé être proche du PJD à Salé. Ce dernier émettra une fatwa conseillant aux cinq membres du "noyau dur" de ce qui allait devenir "Jamaât Ansar Al Mahdi" de démarrer le "jihad" au Maroc contre le régime "allié des Juifs et des Américains" et ce faute de pouvoir se déplacer en Irak.
Les membres de cette cellule se sont mis d’abord à la recherche de financements pour leurs projets. L’attaque d’une agence de "Western Union", le 31 octobre 2005, n’aboutit pas. Des divergences font surface entre les membres de ce groupe et surtout avec le recrutement d’autres éléments comme Badr Bouziki, bricoleur de téléphones portables à Salé. Ce dernier sera l’architecte de la rupture avec les deux imams pré-cités après avoir déniché Hassan Khattab, début 2006.
Ce dernier a, paradoxalement, beaucoup d’ascendant sur ceux qui viennent de le recruter et qui en font leur émir. Hassan Khattab venait de quitter la prison après avoir purgé deux ans pour son implication dans les attentats du 16 mai 2003. Entre-temps, Yassine Ouardini a réussi à falsifier 80.000 DH. L’argent récolté auprès de "Oum Saâd" (voir encadré) permettra d’ébaucher le projet de mise en place d’une base au Nord (Ajdir), mais surtout la création d’autres cellules à Sidi Yahia du Gharb, à Ouezzane, à Casablanca et à Sidi Slimane. Ce fut  la consécration pour Yassine Ouardini, émir chargé de l’aile militaire et qui avait de l’expérience en matière de maniement des explosifs et surtout en informatique. Il aura d’ailleurs le loisir de tester des explosifs et un système de mise à feu à plusieurs reprises dans les forêts près de Salé et à la Maâmora.
Ces essais étant concluants, les membres du groupe s’attelèrent à la tâche pour  établir la liste de leurs cibles. Elle comprenait un attentat kamikaze contre la base aérienne de Salé, une attaque contre la deuxième base de Kénitra, des actes terroristes contre plusieurs établissements touristiques à Marrakech, ainsi que le meurtre de quelques personnalités et responsables civils et militaires.
Faisant l’objet de soupçons de la part des services de police, Hassan Khattab est arrêté fin juillet 2006. Sentant le danger, ses proches lieutenants prennent la fuite : ils transitent par Béni-Mellal, Marrakech et Khénifra et prévoyaient de rejoindre l’Algérie. Le hasard fera qu’ils rebrousseront chemin vers Salé. Là, ils seront cueillis par des services de police qui ont redoublé de vigilance. Une bonne "récolte" pour le début de ce mois d’août 2006. Au fil des interrogatoires menés par la BNPJ, les arrestations se sont multipliées. Le 8 août, le ministère de l’Intérieur a annoncé finalement l’arrestation de 44 personnes, membres présumés de ce groupe.
La majorité d’entre eux a été déférée devant la cour d’appel de Rabat dont le juge d’instruction entamera ses interrogatoires détaillés le 12 septembre prochain.
Dans l’attente, une polémique sur la "véracité" de ce qui est reproché aux membres présumés de "Ansar Jamaât Al Mahdi" a pris naissance au sein des milieux politiques et médiatiques. Des avocats jetteront de l’huile sur le feu en déclarant que le dossier est "monté de toutes pièces".
Le Parquet compétent a tenu, mercredi dernier, à éclaircir les choses en convoquant deux robes noires du barreau de Rabat. Le bâtonnier de la capitale est intervenu également pour fustiger les déclarations hâtives de certains de ses confrères. L’incident semble clos, mais pas le long feuilleton qui se profile à l’horizon.

Yassine Ouardini, bras droit de Khattab
Le 3 mars 2006, Yassine Ouardini, désigné émir de l’aile militaire de "Jamaât Ansar Al Mahdi", aura trente ans. Ce natif de Benslimane, père d’une fillette en bas âge, intégrera les rangs de l’armée en 1993 et aura même la chance de faire des stages en France et en Italie. En 2001, il fera la connaissance de Toufik Oukeddi à la mosquée relevant de la base aérienne de Salé.
Par la suite, il prendra pour modèles Zarqaoui, Abu Qatada et Ben Laden. Il sera d’ailleurs l’un des premiers à faire allégeance à Oukeddi en 2004. Cela s’est passé dans son modeste domicile de Hay Al Inbiaât.
Il mettra aussi à contribution ses connaissances assez poussées en informatique et en électronique pour fournir divers documents à ses "compagnons de guerre" et surtout pour falsifier de la monnaie pour une valeur de 80.000 DH dont 70.000 avaient été écoulés. C’est chez-lui, ainsi qu’au domicile de Abderrahmane Feryati, que seront saisies de gigantesques quantités de produits entrant dans la composition et la fabrication des explosifs.
 Avec Badr Bouziki, mais seul en général, il procédait à des essais dans les environs de Salé.  Yassine Ouardini a tenté de rejoindre l’Algérie, en vain. Il a été arrêté le 1er août dernier. 

"Oum Saâd", la poule aux œufs d’or
S’il y a un personnage mystérieux dans l’affaire Hassan Khattab, c’est bien une certaine Fatima Zahra, alias "Oum Saâd". Selon les déclarations de Hassan Khattab, cette dernière est devenue partie prenante des projets de son groupe à partir de février 2006 grâce à l’intervention d’un certain Samir.
"Oum Saâd" n’a d’abord pas hésité à venir en aide à Khattab qui disait souffrir d’une maladie cardiaque. Leurs relations deviennent tellement solides qu’ils multiplient les contacts et que Khattab donne une série de prêches dans la villa de cette dernière située sur la Route d’El Jadida. Selon les premiers éléments de l’enquête, "Oum Saâd", une femme d’un certain âge, a avancé la somme totale de 150.000 DH pour le financement des projets de "Jamaât Ansar Al Mahdi" surtout après avoir été mise au courant des sombres desseins de ce groupe. Selon plusieurs sources, cette dernière fait actuellement l’objet d’un mandat de recherche qui concerne également trois autres femmes portant le voile à la Taliban.

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