Jamal Belahrach : «La loi de Finances reflète un esprit de braconnage»

Jamal Belahrach : «La loi de Finances reflète  un esprit de braconnage»

ALM : Quelle lecture faites-vous du projet de loi de Finances tel qu’il a été approuvé par le Conseil de gouvernement?
Jamal Belahrach : Malheureusement, cette loi de Finances manque de sens et de perspective. Personnellement, je la trouve un peu court-termiste et le plus grave c’est qu’elle dévalorise l’entreprise et la condamne à la double peine. Elle touche directement à sa compétitivité notamment les mesures relatives aux revenus. Je rappelle simplement qu’au Maroc, on grève toujours la fiscalité de l’entreprise poussant ainsi certaines structures vers l’informel. Sur ces aspects, la loi de Finances reflète un esprit de braconnage. Le gouvernement aspire toujours à gagner de l’argent sans aucune cohérence. Ce qui est grave c’est que l’État est déjà gros et gras. Il continue de recruter des postes dans le public et qu’est-ce qui paye à la fin ? Bien évidemment le particulier. C’est inadmissible. Cette loi de Finances manque d’esprit de responsabilité.

Comment expliquez-vous cette irresponsabilité ?
Dans la vie, il faut être soit créatif ou courageux. Or le gouvernement n’a toujours pas fait preuve de courage. Son cheval de bataille est d’aider les gens qui en ont le plus besoin. La Caisse de compensation est idoine pour cela. Cependant, il aurait fallu la réformer et attribuer des aides directes aux gens les plus nécessiteux. Nous manquons de courage politique. Je le souligne encore une fois, c’est un gouvernement qui manque de responsabilité, qui continue de grossir sans faire d’économie lui-même. La masse salariale de l’État continue d’évoluer, la Caisse de compensation continue d’augmenter et in fine on va se retrouver avec un déficit qui ne sera pas comblé encore moins l’année prochaine.

La CGEM a entamé, dans ce sens, une série de rencontres avec les fédérations. Qu’est-ce qui en découle de ces rencontres ?
La Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) est dans son rôle de défenseur de la compétitivité de l’entreprise. Après examen du projet, la Confédération émettra ses propositions dans un esprit d’exigence et de responsabilité. Il faut signaler avant tout que l’État consomme la richesse que les entreprises créent. Donc, autant respecter cette poule aux œufs d’or.

Le dernier classement du Doing Business en dit long sur le climat des affaires au Maroc. Selon vous, comment la loi de Finances rectifierait-elle le tir ?
Je ne pense pas que cette loi de Finances va faire évoluer le classement. On va encore perdre une année pour rien, si on continue de taper sur les entreprises et ne rien faire pour les petites structures qui sont le socle de notre économie. À mon avis, ce qui fera évoluer le classement est avant tout l’état d’esprit dans lequel l’État va réformer en urgence les différentes institutions qui vont faciliter les investissements et l’accès au capital. Sans parler de l’administration publique qui doit absolument être réformée afin d’être au service des entreprises et des citoyens.

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