«J’espionnais les FAR pour le compte des espagnols»

«J’espionnais les FAR pour le compte des espagnols»

L’ex-lieutenant Abdelilah Issou est une barbouze. Il travaillait pour le compte des services secrets espagnols. Cette fois-ci, il est difficile de douter de sa qualité d’espion en criant aux allégations de la presse dite makhzénienne et aux supposées manoeuvres de la DST. L’intéressé le proclame à cor et à cri, loin de nos frontières. Il l’affirme dans un long entretien accordé au magazine érotique espagnol «Intervieu», dans l’édition du 31 mai au 6 juin. Le lieutenant déserteur déclare avoir «espionné l’armée marocaine de 1997 à 2001 au profit du Cesid (actuellement le Centre national d’intelligence espagnol CNI)».
Pourquoi passe-t-il aujourd’hui aux aveux ? Parce qu’il se sent lâché par ses recruteurs. «Ils m’ont laissé tomber lorsque la Gendarmerie royale et le contre-espionnage marocain me cherchaient», se plaint-il. Et qu’attend-il de ses aveux ? L’obtention de l’asile politique en Espagne. L’ex-lieutenant, à l’origine de la considérable magouille du «comité des officiers libres», se confesse en vue de préparer sa vie en Espagne. Il veut boucler l’épisode de ses loyaux services d’espion par une retraite au pays de ses employeurs. A ce sujet, il donne des détails très précis sur la façon dont il a été approché par un employé du consulat d’Espagne, désigné par les initiales J.M. de L.
La rédaction du magazine «Intervieu» indique qu’elle a procédé aux vérifications des noms et que J.M. de L. travaillait effectivement, jusqu’à 2001, au consulat d’Espagne à Tétouan. La rencontre entre Abdelilah Issou et ce fonctionnaire des services consulaires espagnols a eu lieu en 1997.
Depuis cette date, Abdelilah Issou a fait son travail de barbouze avec application et dévouement. Il répondait à toutes les demandes de son enrôleur. Ce dernier voulait des informations sur l’Armée marocaine dans le Sud ? Et M. Issou s’empressait de lui fournir des détails sur les effectifs, les commandants, la localisation des troupes, le type d’armement dont ils disposent. «Je lui ai donné l’information dans une enveloppe que j’ai déposée sous la cuvette des toilettes du bar Arena de Tanger ou sur un numéro de Movistar qu’il avait “609-587363“ et qui, actuellement, n’appartient à aucun abonné», précise M. Issou. Son officier traitant avait une curiosité féroce sur l’armée marocaine : «tout l’intéressait : l’alimentation, les tendances sexuelles, la religion, les jeux, la drogue… C’est normal car un capitaine d’aujourd’hui est un général de demain», ajoute l’ex-lieutenant.
En 1999, il a pris du galon. Le Cesid a financé un réseau monté par son homme de confiance. Abdelilah Issou a enrôlé des collaborateurs qu’il payait entre 400 et 700 euros. Il se défend d’avoir perçu des enveloppes grassouillettes, puisqu’il explique – à qui veut le croire – que le maximum qu’il a pu toucher, «c’était la somme de 10 000 DH».
Voilà donc l’autoportrait de celui que la presse avait hissé, en octobre 2002, en héros de l’intrigue du communiqué des prétendus «officiers libres». Ce communiqué, publié une première fois par le quotidien espagnol El Pais, avait été largement relayé par les médias. Certains y avaient décelé un début de rébellion des officiers marocains. Du vent ! Son instigateur, Abdelilah Issou, travaille à la solde des services secrets espagnols. De là à penser à une manipulation du Cesid de M. Aznar, il n’y a que les aveugles qui refuseraient de franchir ce pas. Le lieutenant rebelle et dénonciateur du malaise dans l’Armée marocaine est un espion. Cette seule qualité suffit pour attribuer toutes ses initiatives au service pour lequel il roule.
Au reste, Abdelilah Issou a choisi de passer aux aveux dans un magazine de pornographie. L’érotisme et l’espionnage font bon ménage. Et les interviewers de l’ex-lieutenant n’ont pas failli à cette règle en le dirigeant vers des aveux relatifs à la sexualité. Cela étant, M. Issou n’est pas de la trempe des James Bond, Malko Linge et autres espions qui passaient avec aisance de l’aventure à l’amour. C’est une petite barbouze qui a passé son temps à chercher dans les toilettes des abris pour cacher des enveloppes et en recevoir. Il réapparaît aujourd’hui pour fustiger ses anciens pourvoyeurs d’argent. Il a dû d’ailleurs assez en recevoir du magazine érotique pour s’assurer une retraite tranquille dans le pays de ses officiers traitants.

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