Journée de prévention du suicide : le tabou perdure

Le Maroc célébrera le 10 septembre la Journée mondiale de prévention du suicide, l’occasion de pointer du doigt un phénomène qui continue d’être tabou dans notre société. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 3.000 personnes se suicident chaque jour et on compte vingt tentatives ou plus pour un suicide. Au Maroc, il est difficile sinon impossible de cerner l’ampleur de ce phénomène, faute de statistiques. «Il n’y a malheureusement pas de statistiques, ni d’étude de prévalence sur le suicide. Il est difficile de réaliser ce genre d’étude dans notre société dans la mesure où les gens n’osent pas en parler. Ils considèrent le suicide comme une honte. Beaucoup de suicides en milieu rural sont masqués en accident. «A titre d’exemple, des personnes qui se jettent dans un puits ou d’un pont», affirme le Pr Jallal Toufik, directeur de l’hôpital Ar-Razi. Quant aux causes du suicide, le Pr Taoufik est catégorique sur ce sujet. «La dépression est la première cause du suicide. Au Maroc, 15% de la population souffre de dépression. La grande majorité des personnes qui décèdent par suicide souffraient d’une dépression qui étaient soit méconnue ou non traitée. Dans le cas d’une dépression grave, la religion ne constitue plus un frein», explique Pr Taoufik. Et d’ajouter «En dehors des maladies dépressives graves, il faut aussi relever les troubles bipolaires, la schizophrénie, les hallucinations de commande, les troubles de la personnalité ainsi que les troubles impulsifs». Une étude transversale descriptive réalisée de janvier 2008 à mars 2009 par l’Institut de médecine légale relevant du Centre hospitalier universitaire Ibn Rochd sur un échantillon représentatif de 46 cas de suicide avait montré que les maladies psychiatriques étaient les principales causes. Dans 39% des cas, une maladie psychiatrique est en cause. Il faut aussi relever que la solitude, l’isolement, l’usage de drogue notamment les hallucinogènes et l’abus d’alcool constituent des facteurs de risque important. Quant à la question de savoir si les hommes se suicident plus que les femmes, le Pr Taoufik déclare que «Dans le monde entier, il y a plus de tentative de suicide chez les femmes que chez les hommes. Par contre, il y a plus de suicide réussi chez les hommes que chez les femmes sauf au Japon où les femmes se suicident davantage». Notons que la grande majorité des tentatives de suicide ont lieu durant l’adolescence, une période de profond bouleversement physique et psychique. ll demeure que les problèmes familiaux sont parmi les premières raisons évoquées par les adolescents suicidaires. Le climat familial est perturbé qu’il y ait séparation des parents ou non. La présence de conflits parentaux et conjugaux, des abus physiques ou moraux des enfants, un climat de violence, l’alcoolisme d’un des parents, l’indifférence d’un des parents à l’égard du jeune, des difficultés ou une absence de communication sont à prendre en considération.

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