Kamal Belhaj Soulami(*) : «Le ministère de la Santé va tuer le générique au lieu de l’encourager»

ALM : Que reprochez-vous à la réforme proposée par le ministère de la Santé ?
Kamal Belhaj Soulami : Les pharmaciens estiment que la formule qui a été proposée par le bureau BCG est inacceptable. Les responsables de ce bureau nous ont consultés durant un petit quart d’heure pour élaborer cette étude. D’un point de vue populiste, il est toujours facile de dire que les prix des médicaments sont chers. Les prix des médicaments resteront toujours chers aux yeux des Marocains parce qu’il nous manque un système de santé efficace qui assure la prise en charge des citoyens. Un autre problème, c’est que même avec la marge bénéficiaire de 30%, le tiers des pharmacies est actuellement en état de faillite quasi-déclarée. Imaginez la situation avec un taux de 5% ! Cela sera catastrophique.

Ne pensez-vous pas que la réforme fera en sorte que les médicaments soient plus accessibles?
La réforme propose la réduction de la marge bénéficiaire à 5% pour les produits vendus à plus de 500 DH. Ainsi, un médicament qui coûte 600 DH va être vendu à 420 DH étant donné que la marge bénéficiaire initiale étant de l’ordre de 30%. Le médicament générique du même produit coûte, quant à lui, 300 DH. Donc le prix du générique va être très proche de celui du produit original. Gardant à l’esprit que le consommateur préfère toujours le produit original au détriment du générique en terme d’efficacité, il y aura plus de ventes des originaux. Donc, la réforme proposée par le département de la Santé va tuer le générique, la source de fierté de notre industrie pharmaceutique, au lieu de l’encourager. Et cela va bénéficier aux firmes multinationales.

Que proposez-vous donc pour la réduction du prix des médicaments ?
Le problème ne se situe pas au niveau du prix. Le problème se situe à d’autres niveaux. Tout d’abord, il faut commencer à penser comment on peut détaxer les médicaments. Etant donné que depuis deux ans, les médicaments sont taxés de la TVA de 7 à 20%. Cela n’existe nullement dans les autres pays arabes. A cela s’ajoute le fait que très peu de Marocains bénéficient de la couverture médicale. Ceci est inacceptable. Le prix du médicament n’est qu’un élément parmi d’autres qui forment le système de santé dans le Maroc. Un système qui doit être réformé dans sa globalité.

(*) Président de la Fédération nationale des syndicats des pharmaciens au Maroc

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