Kamal Marhoum El Filal : Méningite, comment protéger vos enfants ?

Kamal Marhoum El Filal : Méningite, comment protéger vos enfants ?

ALM : Les médias ont relayé ces derniers jours plusieurs décès par méningite. En tant que spécialiste des maladies infectieuses, pouvez-vous nous établir un diagnostic par rapport aux précédentes années à la même période ?
Kamal Marhoum El Filali : Je ne possède pas les données en temps réel concernant la situation à l’échelle nationale, cependant, le nombre de cas de méningite notifiés au ministère de la santé et dont l’information est répercutée sur les services médicaux de prise en charge ne montre pas de fréquence inhabituelle. Le nombre de cas de méningite est tout à fait similaire aux situations des années précédentes. D’un autre côté, on ne doit pas banaliser la méningite. Elle reste une maladie grave qui peut être mortelle même en cas de prise en charge optimale. Le pronostic de cette maladie est directement lié au retard du diagnostic et du traitement. Il est peut-être légitime de médiatiser les cas de décès par méningite : cela permet de garder la pression sur les autorités sanitaires afin d’empêcher tout relâchement qui pourrait avoir des répercussions néfastes. Mais, je rappelle quand même que les cas de méningite qui guérissent sont heureusement bien plus nombreux que les cas de décès.

Quelles sont les principales causes de cette affection ?
Avant tout, il faut savoir qu’il existe différents types de méningite. Je m’explique : le terme de méningite signifie «inflammation des méninges», qui sont les enveloppes du cerveau et de la moelle épinière. Pourquoi cette inflammation ? Habituellement, il s’agit d’une agression par un microbe : bactérie ou virus, le plus souvent. Les bactéries sont les agents infectieux qui posent le plus de problèmes. Certaines bactéries, comme le pneumocoque, peuvent compliquer une otite mal soignée, une sinusite ou une pneumonie. Ce type de méningite ne se transmet pas de personne à personne : il n’y a pas de risque épidémique. Par contre, une autre bactérie, le méningocoque, a une place toute particulière du fait de son potentiel en termes de contagion. C’est donc la méningite due au méningocoque qui est la plus importante au plan de la prévention au sein d’une population.

Pouvez-vous nous rappeler les différentes techniques de prévention contre cette affection ?
En me limitant à la méningite à méningocoque, celle qui est contagieuse, un certain nombre de mesures permettent d’en prévenir la survenue et de limiter les risques d’épidémie. Tout d’abord, tout cas diagnostiqué doit être hospitalisé et traité rapidement pour éviter qu’il ne s’aggrave mais aussi pour éviter qu’il ne continue à contaminer d’autres personnes. Parallèlement, le médecin qui a diagnostiqué la méningite a obligation de déclarer, en urgence, le cas aux autorités sanitaires pour qu’une enquête épidémiologique soit menée et les mesures adéquates rapidement mises en œuvre. Ces mesures sont représentées par la prescription d’un médicament à titre préventif aux personnes ayant été en contact étroit avec le patient : la chimioprophylaxie. Il faut savoir que le méningocoque peut être transmis par voie aérienne et donc la contamination risque de se faire par voie respiratoire. Dans certains cas, une vaccination pourra être décidée mais cela dépend du type précis de méningocoque. Pour certains, le vaccin existe, pour d’autres ce n’est pas le cas. Ce n’est que dans les situations où plusieurs cas sont diagnostiqués dans une collectivité fermée (école, usine…) que la fermeture peut être envisagée afin de réduire le risque épidémique.

Le diagnostic lors d’une suspicion de méningite et son traitement sont-ils coûteux ?
Le diagnostic de méningite nécessite d’abord de faire une ponction lombaire pour retirer du liquide céphalo-rachidien, liquide qui baigne le cerveau et la moelle épinière. Cette ponction est réalisée après hospitalisation. Le liquide céphalo-rachidien doit alors faire l’objet d’un examen microbiologique en laboratoire. Cette étape n’est pas très coûteuse mais elle doit se dérouler rapidement : les résultats préliminaires doivent être obtenus dans l’heure qui suit la ponction lombaire. Le traitement repose sur l’administration d’un antibiotique durant 4 à 7 jours. Selon l’antibiotique prescrit, le coût quotidien va varier de 200 à 400 dirhams.

Précisément au service des maladies infectieuses au niveau du CHU Ibn Rochd que vous dirigez, quelle évaluation faites-vous de cette affection sur le plan statistique?
Si je me réfère à l’activité du service des maladies infectieuses qui reçoit la majorité des patients adultes ayant une méningite et originaires de Casablanca ou des villes proches, il n’est pas constaté de fréquence anormale ou de cas groupés qui pourraient augurer du début d’une épidémie. La situation semble tout à fait stable et comparable aux 2 ou 3 années précédentes.

Quels sont les moyens dont vous disposez pour soigner les patients atteints de cette maladie ?
Les antibiotiques nécessaires au traitement des méningites bactériennes sont disponibles à l’hôpital. Le ministère de la santé met à la disposition de la direction régionale de la santé une dotation en antibiotique spécifique pour la prise en charge des méningites bactériennes.

Avez-vous d’autres commentaires à ajouter ?
Devant tout symptôme surtout s’il est sévère, un avis médical s’impose. Il ne faut pas céder à la panique.

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