« L Etat détruit l hôpital public pour le vendre aux investisseurs »

« L Etat détruit l hôpital public pour le vendre aux investisseurs »

ALM : Qu’est-ce que vous reprochez au projet de loi modifiant la loi régissant l’exercice de la médecine ?

Mohamed Naciri Bennani : Ce projet avait été présenté en 2009 par Yasmina Baddou, ex-ministre de la santé, et l’actuelle ministre n’a fait que le reprendre tel qu’il est. Ce qu’on reproche à ce projet c’est qu’il menace la santé du citoyen dans la mesure où il autorise l’investissement dans le secteur à des étrangers au métier et qui ne sont pas tenus à l’éthique et aux règles déontologiques de la médecine. Parmi ces règles qui risquent d’être violées par des investisseurs commerciaux, le secret médical et l’indépendance de l’exercice de la médecine, le médecin ne serait plus libre et maître de sa prescription et des moyens de diagnostic. Et qui dit investisseur commercial dit appât du gain et recherche du maximum de profit. Une telle logique impose le principe commercial de diminution des charges et d’augmentation des recettes. Ceci aux dépens de la sécurité et de la qualité et avec comme revers de la médaille une augmentation du coût des opérations et des soins. 

 

Ce projet ne menace-t-il pas tout simplement l’intérêt des médecins, étant donné que ces derniers deviendraient de simples salariés et risqueraient également la concurrence d’une main-d’œuvre médicale étrangère et moins coûteuse ?    

Là n’est pas la question. L’intérêt du médecin est le dernier à être touché, d’autant plus que le nombre de médecins au Maroc est réduit. Ils seront toujours payés plus cher. Aussi il est très difficile de ramener des médecins de l’étranger qui ne sauraient communiquer avec le patient marocain et qui seront toujours plus attirés par les tarifs d’ailleurs. La question vitale qui se pose est : le citoyen marocain acceptera-t-il que sa santé devienne une marchandise qu’on vendrait demain ? Or aujourd’hui la société civile se mobilise et milite contre ce système international qui se met en place. Ce qui se passe dans l’enseignement aujourd’hui au Maroc ne doit pas s’élargir à la santé, parce que la santé est plus grave. Sauf que l’Etat ne l’entend pas de cette oreille, il détruit l’hôpital public pour le vendre à l’investisseur commercial et mettre le citoyen devant le fait accompli. 

 

Quelles sont les autres actions prévues par ce front de défense du service public de la santé ?

Il faut savoir que je ne suis qu’un simple signataire et que l’action se décide désormais au sein du front. Dès que le ministre nous a envoyé le projet le 17 septembre dernier, après l’avoir comparé au projet de Yasmina Baddou et l’avoir trouvé similaire, on s’est demandé si un tel projet ne concernait que les médecins. La réponse est que c’est le citoyen qui est le premier concerné par cette affaire. C’est pour cela que nous avons invité les ONG de la société civile y compris les syndicats d’artistes, architectes et autres à prendre part à ce mouvement de résistance qui s’organise à l’échelle internationale. Après un large débat, la première action a été la publication de ce communiqué marquant notre position vis-à-vis des responsables et de l’opinion publique. La prochaine étape est l’organisation d’une journée nationale à laquelle le ministre de la santé est invité pour défendre son projet face à ceux qui le contestent.

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