La 4ème voie de garage

Dimanche 10 février 2002, dans une déclaration à la chaîne de télévision « Al Jazira », le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, Mohamed Benaïssa accuse l’Espagne de financer le front Polisario et réitère la marocanité de Sebta et Mellilia, sous occupation espagnole.Abstraction faite du retard accusé par cette mise au point par rapport aux tractations qui marquent les rapports entre ces deux pays riverains et à la campagne médiatique orchestrée en Espagne par les adversaires de l’intégrité territoriale du Maroc, il n’en demeure pas moins important de rappeler que cette ligne de conduite n’est pas nouvelle. Ces derniers temps, l’Espagne fait de la question du Sahara marocain un cheval de Troie lui permettant de faire pression sur le Maroc et la Communauté internationale pour les acculer à adopter ce qu’il convient d’appeler « la quatrième voie ». Une voie qui n’est en fait qu’une version démodée d’une proposition ancienne datée du mois d’octobre 1974 en vue de «l’exploitation commune des Phosphates de Bou-Craâ et la délimitation des zones de pêche». Car derrière l’appel à l’émiettement du territoire, les visées madrilènes et algériennes se limitent à un business d’Etat.
En ce qui concerne l’aspect humanitaire et les propos pompeux relatifs au soutien des peuples opprimés, il y a lieu de préciser qu’il ne s’agit à cet effet que d’un maquillage qui vise à créer une mauvaise conscience chez les progressistes et les défenseurs des droits humains dans le monde. Une stratégie dévoilée au fils des ans à la lumière du soutien réel apporté, par l’Espagne à des séparatistes démunis de toute légalité juridique internationale et de toute légitimité historique nationale dans la lutte contre les forces coloniales au Sahara, alors qu’elle était sous occupation espagnole. Ces mêmes forces qui continuent à se cacher, aujourd’hui, derrière un activisme diplomatique sans égal dont l’apogée consiste en la création d’un « Etat fantoche » qui n’existe que dans les boîtes postales de certaines ambassades, sans même avoir la moindre reconnaissance de la part des populations.
En revanche, de l’autre côté du monde arabe, le peuple palestinien, dont l’existence réelle est reconnue par le monde entier, ne bénéficie que d’un soutien symbolique de nos voisins espagnols. Un soutien qui ne dépasse guère le seuil des professions de foi destinées à la consommation médiatique.
Concrètement, les aides espagnoles adressées aux séparatistes du Polisario sont, comme l’a confirmé Khalid Alioua, le 1er février 2002, à l’ouverture des travaux du congrès de l’USFP de Marrakech, 150 fois plus importantes que celles octroyées au Peuple palestinien, étant donné que chaque séparatiste Sahraoui reçoit 4000 pesetas de l’Espagne contre 50 pesetas pour chaque Palestinien.
Les raisons de ce paradoxe se dévoilent lorsque l’on sait que l’Algérie a accusé un échec patent lors de la réunion du conseil de sécurité qui s’est tenu au mois de juin dernier et durant lequel, ce pays a vivement critiqué le projet –cadre présenté par James Baker. Deux mois plus tard, la coordination entre l’Espagne et l’Algérie s’est manifestée au grand jour, à l’occasion de l’Assemblée générale des Nations-Unies, lorsque le représentant permanent de l’Espagne aux N.U. a tenté de faire rallier à «sa cause» la Communauté européenne.
Devant cette défaite et l’échec du chantage effectué à travers les cartes de l’immigration et du Sahara pour obtenir le plus de concession du Maroc, en ce qui concerne le dossier de la pêche, l’accent a été mis sur l’illégalité pour les Marocains d’agir librement dans leur territoire récupéré, sous prétexte que « le Maroc ne figure pas comme puissance administrative du territoire sahraoui ».
Mais comme disait l’historien Abdellah Laroui, « si on devrait prendre uniquement en considération les désirs d’une population telle que la colonisation l’a façonnée, il faudrait soutenir les Espagnols à Sebta et Mellilia, les Anglais à Gibraltar, les Français à Djibouti…). Bref, une position démunie de sens réelle mais qui a le mérite selon ceux qui la soutiennent de corroborer la thèse préconisant la création d’un Etat microscopique chargé de veiller sur la sécurité du transport du gaz algérien à destination de l’Océan atlantique et la livraison des ressources halieutiques du Sud du Maroc aux pêcheurs espagnols. Le reste, c’est-à-dire l’implication des USA et des N.U. dans cette affaire n’est qu’une fumée qui impressionne les faibles et leur fait peur. Mais pas un Maroc uni et déterminé à défendre le dernier grain de sable de son territoire.

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