La cause de la femme peut progresser

Me M’Hamed Boucetta a du pain sur la planche. Un épineux dossier est désormais entre ses mains. Deux conceptions, complètement contraires, et le refus du compromis ont fait retarder l’amendement de la Moudawana, depuis les modifications introduites en 1993.
Le Parti de l’Istiqlal se trouve à l’intersection des deux grandes tendances. Entre le courant moderniste et celui prônant la tradition et le conservatisme. Avec les islamistes du Parti de la Justice et du développement (PJD), les femmes istiqlaliennes ont de nombreuses convergences, d’ailleurs faisant partie des «positions politiques communes». Ce partage se complète par la partie «Ijtihad» dont les défenseurs acharnés sont les partis du mouvement national (la gauche marocaine et les courants de l’extrême gauche). Le PI reste optimiste. Il est possible de faire évoluer les rapports avec les unes et les autres des deux tendances.
Hormis quelques «pures et dures, des deux côtés», qui veulent tout ou rien, l’enjeu est de consolider les choix démocratiques du Maroc. En restant attachée aux préceptes de l’Islam, la commission ne peut se départir de l’indispensable Ijtihad et de la nécessité de se mettre au diapason de la civilisation universelle.
C’est la base de départ à toute réflexion qui entend promouvoir la place et le rôle de la femme. Cela commence d’abord par l’abandon des passions et des calculs politiciens.
Pour bien des cas de litige au niveau de la commission, la question est purement d’ordre procédurier. Or les luttes veulent privilégier les textes, quand le problème, dans de nombreux cas, relève purement de la non-application des textes et de la loi. D’autres nécessitent l’amendement du Code pénal. C’est le cas, entre autres, de la question de l’avortement. On ne peut continuer à dénier aux mères célibataires, victimes de violation de la dignité, le droit de donner leurs noms aux enfants, tout en condamnant, même dans ce cas, un médecin coupable d’avortement illégal à 20 ans de prison.
De même, pour ce qui est du divorce, si le mariage se fait par consensus, sa poursuite doit toujours obéir au consentement des deux parties. Le respect des deux volontés est indispensable et, en cas de non-consensus, la femme peut obtenir le divorce en moins de six mois, par exemple.
Plus globalement, il faudra travailler méthodologiquement, en dressant les priorités et en capitalisant les convergences. Pour le reste, il faudra discuter au cas par cas avec la seule volonté de faire progresser la cause de la femme. Le déblocage reste possible.

La composition de la commission
La commission royale chargée de la révision de la Moudawana est composée d’Ibrahim Benseddik (président du conseil des ulémas de Tanger), Mustapha Benhamza (président du conseil des ulémas d’Oujda), Chbihna Hamdati Maa Alainaine (président du conseil des ulémas de Kenitra), Ahmed Khamlichi (directeur de Dar Al Hadith Al Hassania), Mohamed Al Azrak (professeur à l’Université Quaraouiyine), Lahcen Abbadi (professeur à la faculté de la Charia d’Agadir), Mohamed Taouil (professeur à l’Université Quaraouiyine), Mohamed Benmaajouz Mazgharani (professeur à la faculté de droit de Fès), Mohamed Derdabi (président de la Chambre du Statut personnel à la Cour suprême), Abdellah Abboudi (président de la première Chambre de la Cour suprême), Mohamed El Ajraoui (ex-président de la Chambre du Statut personnel à la Cour suprême), Mohamed Skalli (ex-président de la Chambre du Statut personnel à la Cour suprême), Zhour El Horr (Conseiller à la Cour suprême), Rahma Bourkia (présidente de l’université Hassan II de Casablanca), Nouzha Guessous (professeur à la faculté de médecine).

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