La CDT avait prévenu le gouvernement

La CDT avait prévenu le gouvernement

L’incendie de la Samir, du 18 septembre, n’est pas le premier du genre. Une autre catastrophe de ce genre a eu lieu le 25 novembre 2002. Contacté par ALM, le secrétaire général de Samir/CDT s’est refusé de commenter l’incendie du jeudi dernier. « Sans commentaire », a-t-il dit. Et d’ajouter « nous restons attentifs au déroulement des évènements et nous organiserons certainement une conférence de presse au cours de laquelle nous allons donné davantage de détails sur l’incendie ». En fait, la CDT avait tiré la sonnette d’alarme juste avant l’incendie de novembre 2002. Une première lettre a été envoyée, le 3 mai 2002, au Premier ministre, au ministre de l’Emploi, au Wali de Casablanca, au gouverneur de Mohammedia et au directeur général de la Samir. Dans cette missive, la CDT a appelé les autorités publiques à intervenir d’urgence auprès de la direction de la Samir pour « l’exécution des investissements nécessaires à assurer la mise à niveau des équipements existants ». Quelques jours plus tard, le 16 mai 2002, la CDT a interpellé par écrit, encore une fois, le DG de la Samir « sur la multiplication des incidents insistant sur la responsabilité juridique du DG quant à l’entretien des équipements et la sécurité des employés ». La CDT n’a pas baissé les bras, malgré le silence de la direction et des autorités gouvernementale. Un autre courrier a été envoyé au chef du gouvernement et plusieurs ministres, ainsi que le wali de Casablanca sur les dangers qui planent au-dessus de la Samir. « Sa survie est sérieusement menacée », souligne cette lettre datée du 15 juillet. Les syndicalistes ont attiré l’attention du gouvernement sur « le non-respect de la société de ses engagement contenus dans le cahier des charges », notamment en investissant dans la modernisation des installations et en rendant le raffinage marocain compétitif dans l’espace euro-méditerranéen. La quatrième lettre, datée du 29 octobre 2002, a donné lieu quelques jours plus tard, à une réunion entre les employés de la CDT/Samir et le gouverneur de Mohammédia. Ces cadres et techniciens ont expliqué à l’agent d’autorité, la gravité de la situation. Le délabrement des installations de la Samir risque de causer des catastrophes. La survie de la société est menacée, la santé des habitants de Mohammédia également, sans parler des centaines d’emplois. Ces craintes n’ont malheureusement pas été prises au sérieux par le gouverneur qui a considéré ses doléances comme une manoeuvre syndicale. Résultat: le 25 novembre, un feu a ravagé une bonne partie de la raffinerie, trois employés ont été brûlés vif et toute la ville de Mohammédia en a souffert. En fait, les inondations ne sont pas à l’origine de cet incendie. Plusieurs erreurs se sont succédées. Elles sont toutes d’origine humaine. Le manque d’entretien des citernes dont les toits sont pratiquement tous perforés. L’eau de pluie n’a pas été pompée comme à l’accoutumée (même si c’est une solution de dépannage!). Du pétrole s’est infiltré dans les conduits de canalisation sans que cela ne puisse causer une quelconque gêne aux responsables de la Samir. Enfin, personne n’a pu prendre la décision de couper le courant lors des inondations. Cette série d’erreurs montre bien que la direction de la Samir ne prend pas au sérieux la vie de ses employés et la pérennité du raffinage au Maroc. La responsabilité est également étatique. Le gouvernement était au courant de l’état de vétusté des installations de la Samir. Mais il n’a rien fait pour que la société respecte ses engagements contenus dans le cahier des charges. Pire. L’Etat marocain, c’est-à-dire le contribuable verse annuellement, environ 1 milliard de DH, à titre de subvention dans la structure des prix. Depuis 1997, les sommes débloquées par l’Etat sont faramineuses, plus de 6 milliards de DH. En contrepartie, la Samir n’a rien investi. Les incendies du 25 novembre 2002 et 18 septembre 2003 le prouvent aisément.

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