La chasse aux maroquins est ouverte

Dis-moi quel est ton nom de famille, je te dirai à quel avenir tu es promu. Si ton nom sonne bien, c’est que tu fais partie du carré des privilégiés et que, par conséquent, tu es potentiellement candidat à une belle carrière dans notre très doux pays.
Les fils de … sont une race à part. Ils doivent généralement tout à leur filiation qui leur permet, moyens financiers aidant, de faire des études prestigieuses sous des cieux plus dégagés. Avec des diplômes solides et un nom en béton, pas besoin qu’ils se forcent pour être dans le circuit qui mène vers les rivages les plus convoités. Ils y sont déjà dès leur naissance. Contrairement à la progéniture des illustres inconnus qui, parfois à références estudiantines égales, doivent fournir dix fois plus d’efforts que les autres pour prétendre à une place au soleil. La vie est ainsi faite. Personne ne choisit son paternel.
Un fils de se pique en général de la vocation naturelle de son père. À ce qu’il paraît, ça se tète dès le premier biberon. Une affaire de famille. Presque héréditaire. Les exemples ne manquent pas. Un fils d’artisan ou de pâtissier perpétue généralement le métier de son géniteur. Rarement quand il arrive à l’un ou à l’autre de changer de trajectoire.
Quand on est fils de personnalité politique issue d’une famille illustre, on tombe fatalement dans le chardon de la politique. Les exemples ne manquent pas. Mahmoud Archane et son fils Abdessamad. Encore jeune, ce dernier, qui a force de fréquenter son père, a fini par décrocher en 1997 son ticket à la Chambre des conseillers. Les Jbiel, père et fils, ont investi la députation. Le premier, candidat malheureux aux dernières législatives, et le second qui se maintient encore comme conseiller à la deuxième Chambre.
L’ex-leader de l’UC, feu Abdellatif Semlali n’est plus de ce monde pour être fier de son fils qui a réussi à faire son entrée pour la première fois au Parlement actuel. Secrétaire général du MP, Mahjoubi Aherdan ne désespère pas pour faire de Ouzzine un bon ministre plein galon ou du moins un sous-ministre.
Homme d’affaires avisé, Ponts et Chaussées, Youssef Tazi de l’Istiqlal siège aux côtés de son père Abdelhak dans la deuxième Chambre. Le nom de Boucetta, ex-leader de l’Istiqlal, ne risque pas de disparaître de la scène partisane avec Ahmed Khalil, son député de fils de Marrakech qui en est aujourd’hui à sa deuxième mandature. Abderazzak Afilal, lui, a passé le virus de la politique à sa femme Mahjouba qui vient d’accéder pour la première fois à l’hémicycle. Joli couple qui désormais marche la main dans la main dans les couloirs du Parlement. Quand on est fils et neveu d’Allal El Fassi, il est difficile de se hasarder hors des allées de pouvoir. Abdelouahed El Fassi n’a-t-il pas été ministre de la Santé dans le premier cabinet Youssoufi, tandis que Abbas El Fassi, actuel patron de l’istiqlal, est devenu ministre par deux fois après avoir fait une longue carrière comme ambassadeur à Tunis puis à Paris. Moulay M’Hamed Khalifa et Mohamed El Ouafa, qui ont chacun pris pour épouse les filles d’Allal El Fassi, ont dû, malgré tout, faire des efforts pour s’imposer. Ténor parmi les ténors, le premier s’est reconnu longtemps dans la députation avant d’arracher au forceps un fauteuil ministériel dans le gouvernement remanié de l’alternance en septembre 2000. Brillant politique qui a la tête d’un jeune premier, le second, lui, n’a pas eu cette chance. Pour lui faire oublier la ministrabilité qu’il pouvait pourtant bien honorer , il été expédié vite fait très loin du pays comme ambassadeur du Maroc en Inde. Figure istiqlalienne, Hachemi Filali a un fils du nom de Rachid.
D’un naturel sympathique, celui-ci, qui était inconnu de la classe politique, a obtenu son premier poste important comme ministre des privatisations en 1998. M’Hamed Douiri, autre baron de l’Istiqlal, a un fils qu’on dit prodigieux : Adil très actif dans la place financière de Casablanca qui doit lui aussi attendre dans l’antichambre du gouvernement. Le fils de Bouchta Jamaï, Khalid et son petit-fils Aboubakr ont opté, eux, pour un autre pouvoir. La presse. En se lançant dans la politique, Miloud Chaâbi ne cherche en fait qu’à consolider et à protéger sa puissance financière. Peu importe pour lui qu’il soit ministre ou pas. En dehors du cadre partisan, Driss Benhima, fils de l’ex-ministre de l’Intérieur, ne doit pas seulement sa carrière très enviable à sa seule compétence.
Par ailleurs, il est des familles très connues et immensément riches qui se sont toujours méfiées du pouvoir comme de la peste. Préférant se consacrer à leurs affaires et travailler dans la discrétion. Un cas parmi tant d’autres, Moulay Messoud Agouzal dont les enfants gèrent les entreprises familiales loin de toute ambition politique. Pour ces familles, le mélange des genres, le pouvoir de l’argent avec le pouvoir politique, mène généralement à la ruine. Ce qui n’est pas totalement faux. Miloud Chaâbi en sait quelque chose, qui a eu maille à partir avec la justice lorsqu’il s’est avisé il y a quelques années d’utiliser sa fonction de député pour racheter des entreprises privatisables.
Sur un tout autre registre, les malheurs de certaines familles, qui faisaient partie de l’establishment, sont à méditer. Comme quoi, si le pouvoir ne corrompt pas, il brûle ceux qui ne savent pas le consommer avec modération.

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *