La constance dans l’ordre et la discipline

Au départ, il y a eu un manifeste. Celui du 11 janvier 1944, connu sous le nom du Manifeste de l’indépendance. Autour de l’idée motrice de ce document historique, s’est créé un parti tout aussi historique, le Parti de l’Istiqlal. Avec des personnalités qui ont marqué l’histoire du Maroc pendant un demi siècle. Ahmed Elyazidi, Ahmed Balafrej, Allal El Fassi, Abderrahim Bouabid ou Mehdi Ben Barka, Abdellah Ibrahim ou encore Fkih Basri pour ne citer que ceux-là. Tous ont fourbi leurs armes politiques au sein de l’école istiqlalienne.
Malgré ses longues années d’existence, l’Istiqlal semble toujours en mesure de se faire une seconde jeunesse. Et cela aussi malgré les dissidences, les vicissitudes du pouvoir et les attaques des adversaires. Moins de trois ans après l’indépendance du pays, les jeunes cadres du parti, en particulier Ben Barka et Bouabid avaient créé les universités unifiées qui ont donné par la suite l’Union nationale des forces populaires, en 1959. La première scission au sein de l’Istiqlal est donc consommée.
L’aile syndicale du parti, l’Union marocaine du travail, officiellement indépendant, a rejoint, avec armes et bagages, la nouvelle formation, même si elle garde son autonomie organisationnelle formelle. L’Istiqlal a, dans la foulée, procédé à la création de son propre syndicat en 1961, l’Union générale des travailleurs du Maroc. Un syndicat qui a commencé très timidement mais qui, par la suite et encore plus ces derniers temps, s’est beaucoup manifesté. Y compris dans le débat politicien.
Pour leur part, les étudiants ont également eu leur syndicat dans les mêmes circonstances sauf que l’UGEM n’a jamais été considérée comme organisation représentative des étudiants marocains, vu le poids de l’UNEM et actuellement des organisations islamistes…
Les scissions que les autres partis ont connues n’ont pas contaminé pour autant le plus ancien des partis marocains. Son organisation, de plus en plus réglée, répond à cette notion de continuité chère aux dirigeants istiqlaliens. Et surtout aux normes les plus rigoureuses de la discipline.
En 1974, quand le président du parti Allal El Fassi est mort, la succession s’est faite avec habileté. Me M’hamed Boucetta a été élu président du parti. Il lui a fallu tout son sang froid, son sens inné des plaidoiries et sa capacité à se régénérer pour faire passer l’Istiqlal d’un parti à vocation gouvernementale à un parti d’opposition, qui s’allie avec ses anciens adversaires, ceux-là mêmes qui avaient fomenté la scission de 1959, et faire bloc avec eux pour faire avancer l’expérience démocratique. Les choses revêtaient d’autant plus d’importance que l’élection de Me Boucetta a coïncidé avec la marche verte et tout le discours mobilisateur autour de l’intégrité territoriale.
Le mandarinat de Me Boucetta allait prendre fin deux décennies plus tard dans ce qu’il est convenu de qualifier de première dans les annales politiques marocaines. En 1997, Me Boucetta décide de quitter le secrétariat général de l’Istiqlal et Abass Fassi l’a remplacé. Le congrès – le treizième – n’a pas pu retenir Me Boucetta qui est le premier dirigeant de parti à avoir quitté de son propre gré le poste de secrétaire général…
La succession ne s’est pas faite uniquement dans la douceur. Mais elle a forcé le respect de la classe politique toute entière. Ni les sorties médiatiques et médiatisées de Mhamed Douiri, pressenti comme le dauphin de Me Boucetta, ni les critiques parfois acerbes de Khalid Jamai, n’ont eu raison de la marche du parti. Un long fleuve tranquille. Et pour boucler la boucle, le parti a créé une nouvelle instance, le conseil de la présidence, formé des ténors de l’Istiqlal : Boucetta, Douiri, Filali, Ghallab et Kadiri. Sur ce registre-là, force est de relever que l’Istiqlal est, parmi les partis marocains, le mieux organisé et le plus structuré. Le corps même des inspecteurs régionaux, que le parti a toujours gardé dans son organigramme, renvoie à cette notion de discipline qui fait la force de l’Istiqlal…

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