La crédibilité se lit dans le budget

La crédibilité se lit dans le budget

ALM : Quel est votre regard sur les grandes orientations de la politique budgétaire ?
Najib Akesbi : Premièrement, je ne relève pas de rupture dans la conduite budgétaire depuis plusieurs décennies. Plus exactement, depuis le fameux Programme d’Ajustement structurel (PAS), la même politique initiée depuis sévit encore. L’application aveugle de critères peu rationnels, alors qu’en face, la donne n’est plus la même, engendrant un certain nombre de contradictions flagrantes. En second lieu, un ensemble de contraintes reste à surmonter alors que juste quelques modifications mineures sont menées. En tête, les dépenses de fonctionnement sont toujours aussi pesantes qu’auparavant. Ensuite, la part du service de la dette compte encore pour un tiers des possibilités budgétaires, même si par ailleurs, les efforts de la gestion active de cette dette sont notables, l’impact est toujours pesant. Je précise qu’un effet «ciseaux» s’est produit. Une substitution s’est produite. La dette externe a été remplacée par la dette interne. L’impact de cette dette interne est aussi lourd. Troisièmement, la faiblesse des investissements est inquiétante. En dépit des déclarations politiciennes, le montant global des investissements, de l’ordre de 19 milliards de DH, est en stagnation depuis des années. Derrière cette stagnation, se cache réellement un désinvestissement réel de 5 à 6%.
Quelle lecture faites-vous de la loi de Finances 2004, dont les grandes lignes sont à peine dévoilées ?
Effectivement, on ne peut apporter une appréciation que sur l’ensemble de la loi de Finances, mais je relève que le gouvernement prend à son compte le passif et ajoute, d’entrée, un autre. Les cadeaux fiscaux annoncés sont à mon sens régressifs et inefficaces, alors que la baisse des recettes est réelle.
Justement, quelle lecture faites-vous de la philosophie fiscale actuelle ?
Je relève que les pressions du patronat ont fini par donner suite à leurs anciennes revendications. En plus, la mode dépassée des barèmes continue de sévir chez nous. Au lieu d’une progression, c’est la régression qui prime surtout pour les petits salaires. Il faut tout de même savoir qu’à partir du seuil de non-imposition de 20 000 DH plus un dirham, le taux appliqué est de 13%. Jusqu’à 24 000 DH, ce taux passe à 21% alors qu’il est de 36% pour les salaires jusqu’à 36 000 DH. La pression exercée sur les bas salaires, poussant même des personnes payées au SMIG à payer de l’IGR, est certainement à reconsidérer. Loin de toute démagogie, il faut se rendre à l’évidence que ce sont les cadeaux fiscaux sur les basses tranches qui sont lourds de conséquences. Le manque à gagner pour le Trésor est conséquent. Pour moi, baisser le taux supérieur aussi n’est pas judicieux. Même de ce côté, il faut plutôt étirer la taxation de manière à augmenter le taux marginal sur les tranches plus élevées. L’iniquité est à tous les niveaux. Par contre, je penche volontiers vers, au moins, la non-imposition des «smicards». Le relèvement du seuil ne peut s’opérer d’un coup, c’est pourquoi je penche vers un relèvement progressif de cette tranche.
Pour les cadeaux fiscaux annoncés, ne vont-ils pas ôter au gouvernement Jettou certains moyens nécessaires à ses ambitions ?
Au niveau du discours, la déclaration générale a bien pris le soin de fixer les objectifs et les moyens de les réaliser. Par contre, au niveau de la pratique, la traduction et la crédibilité de ses déclarations se lisent dans le budget. La correspondance entre les dotations financières n’est pas perceptible. La concordance entre les ambitions affichées et leur réalisation suscite des interrogations.
Qui est, selon vous, comptable de cette situation devant le peuple?
Dans un système politique ordinaire, c’est au gouvernement d’assumer pleinement son engagement politique. Or, nous ne sommes pas dans un système ordinaire. La loi de Finances passe devant le gouvernement avant le Parlement. Les arbitrages nécessaires se font au sein de ce cabinet.

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