La discorde civile

Par excès d’orgueil, Abdelaziz Bouteflika voulait être le “ De Gaulle“ de l’Algérie. Celui qui allait régler tous les problèmes du pays. En Vain.
Pour cela, il s’est donné tous les moyens dès son accession à la présidence, notamment l’adoption par référendum en septembre 1999 de la loi sur la concorde civile proposée par le chef de l’État en avril de la même année.
Soutenue par les dirigeants du FIS (Front islamique du Salut), cette loi est destinée à pacifier un pays ensanglanté par une décennie de violence en échange d’une batterie de mesures dont notamment la libération des prisonniers islamistes et la possibilité pour le FIS dissous de créer un nouveau parti conforme à la Constitution.
En novembre 1999, Abdelkader Hachani, numéro 3 du parti islamiste, sera assassiné et ses deux autres patrons remis en résidence surveillée. Cette situation marque l’échec de cette politique de réconciliation nationale, puisque les attaques des GIA et les massacres des civils ne tarderont pas à reprendre et tendront même à s’accentuer, à la grande impuissance des pouvoirs publics algériens.
Pourtant, la campagne pour l’élection présidentielle en avril 1999 avait nourri pour la première fois, depuis le coup d’arrêt du processus électoral de 1991, l’espoir d’une réconciliation entre les groupes islamistes et la junte militaire. Les dirigeants en exil du FIS avaient en effet vu dans cette présidentielle “un véritable début de solution politique“. Or, le fait que Abdelaziz Bouteflika soit candidat unique à cause de l’abstention des autres candidats laissait entendre que le futur président aura du mal à se libérer de la tutelle des militaires. Pour compenser son déficit de légitimité, le chef de l’État a proclamé son intention de tout entreprendre pour réduire le pouvoir des généraux. Juste après son élection, il disait qu’il disposait du “redoutable privilège d’être le président de la République, ministre de la Défense et chef suprême des forces armées et que “l’armée n’était qu’une institution de la République qui, dans des moments exceptionnels, a eu à exercer des pouvoirs de police. En temps utile, elle reviendra à son rôle“.
Force donc est de constater que le bilan du président au terme de ses deux années de pouvoir est pour le moins maigre. Promesses non tenues et concorde civile décriée. Abdelaziz Bouteflika est accusé de reniement par les dirigeants du FIS et de trahison par les familles de victimes du terrorisme islamiste. La position de chef de l’État s’en est trouvée fragilisée face à une armée de plus en plus imposante qui n’entend pas lui laisser beaucoup de marge de manoeuvre. Certes, les islamistes ont perdu la guerre contre les tenants de la stratégie du “tout répressif“ mais la crise reste profonde. En un mot, les Algériens, pris dans le piège de la terreur aveugle, ne voient pas le bout du tunnel.

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