La gestion locale aux abonnés absents

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ALM : Comment jugez-vous l’action partisane ?
Driss Ben Ali : L’ambiance est terne. Le 16 mai aurait pu constituer un choc psychologique pour les partis politiques, et en même temps les inciter à présenter des alternatives. Mais rien de cela ne s’est fait. Ce qu’on développe dans certains milieux partisans, c’est l’intrigue et chacun avance ses supporters. Il n’y a pas d’alternatives, ni de débats d’idées. Il n’y a que de l’intrigue, devenue presque une culture politique partisane. Ce qui est arrivé au Maroc, c’est que les gens qui se sont installés dans les espaces de décision partisane, sont, généralement, des petites personnes qui veulent se faire valorisées et qui, de ce fait, et de par leurs ambitions, ont évincé des éléments bien meilleurs qu’eux, en termes de compétence. Comme dans la loi économique dite de Gresham, «la vieille monnaie chasse la bonne».
Le Maroc se situe parmi les pays où la population participe le moins aux élections. Comment expliquez-vous cette démission ?
En effet, ce constat renvoie au déficit de crédibilité dont bénéficient les partis politiques marocains. En ce qui concerne la stabilité politique, il se trouve derrière le Qatar, Oman, les Emirats-Arabes Unis, le Koweït, la Tunisie et l’Arabie Saoudite. Pour ce qui est de l’efficacité du gouvernement, il est classé cinquième, derrière Oman, Tunisie, Jordanie et Qatar. Concernant le poids de la réglementation et le respect des lois, il est septième, dans le monde arabe, alors qu’en termes de prolifération de la corruption, il se trouve au même niveau que la Tunisie, et derrière le Koweït, le Qatar, Oman, le Liban et la Jordanie. Sur le plan international, il se positionne à la 54ème place parmi les 102 pays recensés. Enfin, pour ce qui est de l’IDH (Indice de développement humain), il est classé 126ème, alors qu’il était dans des situations meilleures auparavant.
Que doivent faire les partis politiques pour remédier à cette situation ?
Ce sont les islamistes qui ont compris les enjeux de la conjoncture actuelle et se sont donnés les moyens de s’enraciner dans le tissu social, par l’action sociale. On l’a vu dans le cas algérien. En s’emparant des Communes, les islamistes ont poussé l’armée à des coups d’Etat.
Est-ce que vous ne voyez pas qu’en s’emparant des communes, ils risquent de se trouver face aux citoyens ?
S’ils gèrent mieux que les autres, ils pourront bénéficier du soutien de la population. D’un autre côté, contrairement aux autres partis, ils disposent d’une stratégie globale et agissent en conséquence. Aussi, contrairement aux autres formations qui présentent des fois n’importe qui comme candidat aux élections, et souvent des gestionnaires de carrière, les islamistes ne font confiance qu’à leurs militants.
L’Etat est-il capable de remédier à la marginalisation de l’engagement politique ?
Quelles que soient son importance et sa fonction, l’Etat a besoin de relais politiques et sociaux, et à des gens honnêtes, intègres et compétents. Mais dans le cas du Maroc, force est de constater que les ONG (Organisations non gouvernementales), qui agissent sur le terrain social et sont crédibles vis-à-vis de la population, ne s’impliquent pas dans la vie politique.
Comment évaluez-vous les amendements introduits au niveau de la charte communale ?
Les amendements introduits sont positifs. A titre d’exemple, il faut empêcher les analphabètes de se présenter aux élections. En même temps, il faut instaurer les systèmes d’évaluation juridique, comme ces Cours des comptes décentralisées et déconcentrées qui ne sont pas encore installées. Là encore, il ne faudrait pas se limiter à la gestion quotidienne, mais à évaluer l’apport des élus sur le plan économique et social. Or, à ce niveau, on se heurte à l’analphabétisation des électeurs. Un produit de qualité ne saurait exister sans une demande exigeante.
Récemment, certains Walis ont convoqué des candidats pour leur déconseiller de se présenter aux élections. Comment évaluez-vous ces actes ?
Cette attitude peut être, moralement, justifiée, mais à aucun moment, elle ne relève des pratiques qui doivent prévaloir au niveau d’un Etat de droit. Si la personne concernée a commis une infraction, elle doit être jugée par un tribunal, dans le cas contraire, elle dispose de tous les droits de se présenter aux élections.
Quelles sont les priorités qui doivent présider aux programmes politiques ?
L’une des priorités, c’est l’amélioration du système de gouvernance et de procéder à une véritable politique de décentralisation et de déconcentration. Aussi, il est impératif de répondre aux besoins des citoyens, d’abord, en les identifiant et ensuite, en ayant la capacité décisionnelle nécessaire pour y répondre.

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