La guerre de la sardine aura lieu

La guerre de la sardine oppose le ministère de la Pêche à des industriels poissonniers, essentiellement ceux qui transforment la sardine en farine. Les hostilités ont commencé suite à la note ministérielle du 22 octobre 2004, signée par Rhanmi Tijani, l’inamovible secrétaire général au ministère de la Pêche.
Dans son esprit, cette circulaire vise à restreindre la transformation de la sardine en farine, procédé ne présentant pas de valeur ajoutée suffisante aux yeux du ministère. La note ministérielle limite le quota des captures de petits pélagiques à 15 tonnes par jour pour une flotte de 20 bateaux.
D’autres restrictions portent sur la prohibition du débarquement des sardines dans la zone de l’Atlantique Sud (au sud de Boujdour). Des décisions jugées trop sévères par les industriels lesquels n’ont pas tardé de réagir, par le biais de la Confédération nationale de la pêche côtière. «Ces mesures aussi cruciales ont été prises sans concertation préalable avec notre confédération», peut-on lire dans une correspondance datée du 26 octobre, en réaction aux décisions de Rabat.
D’autres opérateurs, en particulier les fariniers, voient derrière cette décision, la volonté de préserver les intérêts d’une poignée d’opérateurs au détriment de la flotte nationale. «En tout cas, souligne un membre influent de la Fédération nationale des industries de transformation et de valorisation des produits de la pêche, (conglomération affiliée à la CGEM), ces restrictions tranchent nettement avec les études de l’INRH. Constamment brandis par les opérateurs mécontents, les rapports de l’INRH sur l’état de la pêcherie pélagique entre Boujdour et Lagouira, dénotent en effet un niveau élevé de biomasse». Pour la sardine, produit pêché par excellence, le stock disponible dépasse le million de tonnes, généralement dans un état de vieillissement avancé. A première vue, la décision du 22 octobre va à l’encontre du rapport de l’INRH.
Mais dans le fond, le ministère vise à limiter la transformation de la sardine en farine, au motif que cela présente une faible valorisation. Jetée à la figure des industriels, la remarque a de quoi irriter : «Il faut savoir, relève le même membre de la Fenip, que du fait même des conditions de stockage dans les bateaux, une quantité non négligeable des sardines arrive en mauvais état. La seule manière de récupérer cette production est de la transformer en farine. Au lieu de laisser la sardine mourir pourquoi ne pas la transformer en farine ?». Les fariniers estiment que la décision ministérielle coûte au Maroc environ 150 milliards de centimes, en tenant compte qu’il y a un million de tonnes dans la zone sud, aujourd’hui non pêchées.
Qu’en est-il de la vérité sur ces chiffres? Dans ce million avancé par les opérateurs (stock C), indique un cadre du ministère, il faut retrancher 200 000 tonnes attribuées à la flotte russe dans le cadre de l’accord de pêche existant avec ce pays et 200 000 tonnes attribuées aux opérateurs de Laâyoune. «C’est utopique, remarque ce cadre, de croire que la flotte marocaine constituée d’une flotille en bois, peut pêcher le potentiel restant ». D’après les chiffres avancés, les senneurs ne couvrent que 100 000 tonnes.
Quant à l’industrie de la farine, elle présente au vu des statistiques une valeur ajoutée très faible. Par exemple sur le stock B(zone compris entre Laayoune, Tan Tan et Agadir), sur une production de 800 000 tonnes, plus de 300 000 (environ 40%) est directement transformée en sardines. Du gâchis, selon ce cadre du ministère qui fait remarquer qu’il faut 5 kilos de sardines pour faire un kilo de farine. Visiblement favorable à la décision de son ministère, le cadre fait remarquer que la farine n’est pas bien cotée sur le marché. En moyenne, soutient-il, on ne peut vendre 5 kilos de farine à plus de 2,5 dirhams contre 10 dirhams pour un kilo de poissons.
En fait, le Maroc a intérêt à encourager les industriels à évoluer, en passant de la transformation de la farine à la conserve par exemple, mais pas par la force. Aujourd’hui, l’industrie de la farine joue le rôle de régulateur de marché, du moment qu’il n’y a pas de circuits de distribution efficace et que beaucoup de quantités de poissons s’alltèrent avant de parvenir au consommateur. «Sans circuits de distribution, sans moyens de congélation, les fariniers sont indispensables ». Le meilleur moyen de convaincre les industriels est de mettre en place un plan global de valorisation des ressources. L’appel d’offres lancé cette semaine pour l’établissement d’une bourse de pélagique (off shore) à Dakhla et la libéralisation des prix apportent un début de réponse.

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