La Ligue arabe en rangs dispersés

Sur les 22 pays membres, 16 ont déjà donné leur accord au rendez-vous du Caire. Une réunion préparatoire de ce sommet, au niveau des ministres des Affaires étrangères, est prévue jeudi prochain dans la capitale égyptienne.
Deux visions partagent le monde arabe : les inconditionnels de Washington et de sa guerre contre l’Irak et les partisans de la poursuite des inspections et de la recherche d’une solution politique à la crise américano-irakienne. Les tenants de la première thèse ont tenté de retarder la tenue, dans l’immédiat, du Sommet arabe, sous le prétexte de «manque de temps et d’agendas surchargés», comme s’il n’y avait pas de feu dans la baraque arabe.
Cet ensemble de pays, dirigés par le Koweit et le Qatar, tentent de s’accrocher aux Américains, dans l’espoir d’être épargnés par la super puissance américaine, une fois la problématique irakienne résolue. Le second groupe de pays arabes, majoritaires, s’oppose, à l’image de l’Union européenne et du Conseil de sécurité de l’ONU, aux hostilités guerrières et aux plans machiavéliques de Bush.
Mais, dans l’ensemble, ce groupe ne pousse pas la réflexion à une alternative stratégique à la guerre. Autrement dit, il est moins arabe que le sont certains pays européens conscients du jeu dangereux des néo-conservateurs américains. Ils ne capitalisent même pas les dividendes des marches pacifiques dans le monde pour se donner une conscience de la gravité de l’heure. D’ailleurs, depuis la seconde guerre du Golfe, cette attitude est vivement exploitée par la Maison blanche. Alors que le mouvement des non-alignés, fort de sa centaine de pays, prend des positions plus courageuses que le monde arabe doit investir dans une issue pacifique et un traitement digne des Arabes dans leur globalité. De même, l’Europe, par le biais notamment de la France, de l’Allemagne et de la Belgique, tentent de limiter la folie américaine qui veut tout se permettre : décider qui est terroriste, qui ne l’est pas, distribuer des attestations de démocrates à qui elle l’entend, changer le régime politique qui ne lui plaît pas, occuper, le temps qui l’arrange, tel ou tel pays. Le redéploiement américain ne concerne pas que les ennemis d’Israël. Mêmes ceux qui tentent de composer, par le biais d’une politique équilibrée ou privilégiant les faucons de Tel-Aviv, sont dans le collimateur. A qui le prochain tour? C’est la politique de diviser pour régner que l’Administration Bush applique au monde arabo-musulman. Demain, c’est le tour de la Syrie et de l’Iran, de l’Arabie Saoudite et du Soudan, de la Libye et de l’Algérie. Toujours au nom de la lutte contre le terrorisme et pour la démocratie. En réalité, c’est Israël, à côté de la mainmise sur les richesses pétrolières, que les Etats-unis veulent protéger et lui laissent les mains libres pour exécuter le génocide du peuple palestinien.
Mais le monde arabe, comme à chaque rendez-vous crucial, étale ses divergences et rate, à chaque fois, l’occasion de présenter une stratégie collective.
Les intérêts des pouvoirs en place, la dépendance politique et économique des pays du Machrek et du Maghreb, à côté des rivalités de leadership, font que les dirigeants arabes se présentent comme des proies faciles. L’Administration américaine a acquis le savoir –faire pour en faire, à chaque fois, le dindon de la farce et des acteurs passifs des drames de la guerre voulue et décidée par l’Amérique et ses complexes militaro-industriel et pétrolier. Certes, il est trop tard pour les pays engagés avec l’Amérique contre l’Irak d’arrêter «tout soutien à une action militaire qui conduirait à une menace pour la sécurité et l’intégrité territoriale de l’Irak». Mais ces pays, apparemment pris de panique sur leur devenir, ne pensent qu’à assurer leur maintien aux rênes du pouvoir et à la bénédiction américaine. Ils ne manqueront pas d’en subir les conséquences de l’inconscience et de la résignation.

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