La mélodie du malheur

Samedi 25 janvier 2003. La route reliant Médiouna à Casablanca donnant sur la décharge publique. Un chiffonnier a découvert un sachet en plastique noir renfermant quelque chose qui ne ressemble pas à des ordures. Il a découvert la tête d’une personne de sexe masculin. Il a appelé aussitôt d’autres chiffonniers qui se préoccupaient de collecter des objets utiles. Ils l’ont rejoint pour regarder ce qui avait découvert.
Consternés, ils se sont éveillés sur les cris d’un autre chiffonnier qui est un peu plus loin. Il a découvert sept autre sachets en plastique noir entassés sur le même lieu, renfermant d’autres parties du cadavre d’un être humain. Perturbés, ils ont alerté les éléments de la gendarmerie Royale de Médiouna qui n’ont pas perdu une seconde pour se dépêcher sur les lieux. Ils ont entamé les premiers constats d’usage et écouté les témoignages des chiffonniers qui ont découvert les sachets. Ils ont entamé une opération de ratissage sur les lieux et l’un d’eux a mis la main sur un indice très important, au moins pour identifier la victime. Il a découvert sa carte professionnelle jetée un peu plus loin.
Il s’agit d’Ahmed. B, âgé de 36 ans à Casablanca, agent de sécurité à l’Office nationale des Aéroports, demeurant à Carrière Carlouti, quartier de Derb Soltan, à Casablanca.
Un fourgon mortuaire s’est dépêché sur le lieu et il a transporté les parties du cadavre vers la morgue. Les enquêteurs se sont déplacés vers le domicile du défunt. Sa mère leur a confié qu’il a quitté la maison depuis vendredi matin sans donner signe de vie.
L’enquête va dévoiler qu’il avait une relation de concubinage avec une “Chikha“ (chanteuse et danseuse populaire), qui s’appelle Malika. Elle demeure au n°9, rue 9, quartier Al Ahd Al Jadide, près du hammam Al Fane, Sebata.
Malika a 43 ans. Cette veuve depuis neuf ans et mère de deux enfants (Dounia, 10 ans et Amine, 12 ans) demeurait à la rue Moulay Drisse, Derb Al Baladia, quartier Derb Soltan, pas loin de la demeure d’Ahmed.
Un voisinage qui leur a permis de se rencontrer un jour de 1995 et d’entretenir une relation amicale. D’une rencontre à l’autre, elle est tombée amoureuse de lui. Depuis, elle ne supporte plus le voir avec une autre fille. Au fil des jours, il s’est trouvé, lui même, attaché à elle. Elle ne le laissait pas désirer quelque chose sans la lui satisfaire. Il passait des jours chez elle, à dormir, à manger, à faire l’amour, à s’enivrer…
« Je veux me marier ». C’est une belle phrase qu’elle a entendue de lui. Elle a cru qu’il s’agit d’elle. Elle était très contente de l’entendre parler du mariage.
Seulement, l’autre phrase : « Je vais me marier avec une autre et non pas une Chikha », a débordé le verre. Perturbée, elle n’a pu croire ses oreilles. Il lui a répété la phrase pour qu’elle s’assure de ses paroles. Et elle a sursauté de sa place pour le menacer : «Si tu te maries avec une autre femme que moi je te tue…».
Ahmed n’a pas pris ses menaces au sérieux et il a continué à la rencontrer chez elle, à faire l’amour avec elle, à passer des bons moments avec elle. «Nous devons nous séparer parce que je vais me marier», lui dit-il une fois encore sans hésitation. Elle n’a pu supporter ses paroles et elle a décidé cette fois-ci de passer à l’acte. Quel acte ?
«Allo, Ahmed, je t’appelle pour que tu viennes chez moi le soir pour passer des bon moments et par la même occasion pour te livrer un chèque de mille dirhams, la somme que tu m’avais prêtée…», lui annonce-t-elle par téléphone. Sa décision de rompre sa relation avec elle l’a incité à hésiter au départ, mais il a cédé par la suite. Pourquoi ? Personne ne sait au juste. Il s’est rendu chez elle le vendredi, l’a trouvée bien habillée et bien maquillée. La table était bien servie en vin et bière.
Il lui semble qu’elle a décidé de passer avec lui cette nuit. «Elle devrait être la dernière nuit qu’on passera ensemble», lui aurait-elle dit avec un grand sourire. D’un verre à l’autre, les têtes ont tourné et Malika a profité de l’inattention de son amant pour lui asséner des coups mortels par un objet en fer. Ahmed a perdu conscience pour rendre l ‘âme par la suite. Il lui reste de se débarrasser du cadavre. Pour cela, elle a fait appel à d’autres complices, dont une “Chikha“ qui a été également arrêtée par les gendarmes. Ils ont découpé le cadavre en morceaux avant de les mettre dans les sachets en plastique et jeter juste à côté de la décharge publique de Médiouna. C’est un crime passionnel et odieux qui s’ajoute à d’autres crimes qui ont soulevé dernièrement l’indignation de notre société et ont révélé un changement des comportements.

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