La privatisation en panne

Le ministre des Finances et de la Privatisation, Fathallah Oualalou, sait jouer avec les chiffres. C’est normal. Il est un économiste avéré qui a fait ses classes dans l’université et le Parlement pour devenir l’argentier en titre du pays depuis 1998. Sauf qu’il est devenu trop discret par rapport à ses célèbres interventions dans l’enceinte de la Chambre des représentants. On ne peut pas affirmer qu’il a réussi sa deuxième sortie médiatique pour faire son bilan de l’exercice budgétaire 2002.
L’optimisme qu’il a affiché en donnant des chiffres reste aléatoire quand on sait qu’il a basé tout son référentiel sur l’écart entre le prévisionnel et le réel. Autrement son tableau de comparaison était plus axé sur la différence entre les prévisions et les résultats en se référant rarement aux exercices précédents. Or, tous les économistes le savent, les prévisions restent des prévisions et peuvent êtres faussées par des erreurs d’appréciation, de calculs ou de conjoncture. Ce qui veut dire qu’il ne faut pas jubiler outre mesure quand l’écart dépasse les prévisions car l’indice le plus fiable se mesure entre le réel d’hier et le réel d’aujourd’hui. Autrement dit entre l’exercice 2001 et 2002 comme cela est palpable dans les recettes de la privatisation qui ont régressé d’une manière considérable. L’euphorie de la cession de plus de 70 entités, qui a rapporté prés de quatre milliards de dollars, s’est estompée dans le vide des prévisions.
Dans ce registre, le ministre Oualalou a été confronté à la dure réalité d’un écart considérable. Car sur un montant de 12,5 milliards de dirhams programmé dans la loi des finances 2002, seule une recette de 621 millions de dirhams a été générée par la privatisation. Pis encore, cette petite somme ne concerne qu’une seule entité relative à la cession partielle du capital de la banque Populaire. C’est dire que les repreneurs des multiples sociétés à transférer ne se sont pas bousculés devant les portes du ministère des Finances et de l’Economie.
L’investissement en a pris un coup dur car même le secteur des télécommunications en a pâti avec le report de la cession de la téléphonie fixe budgétisée pour un milliard de dirhams. Quand on sait que les recettes exceptionnelles de la privatisation ont sauvé la mise au gouvernement pendant quelque temps, on comprend la déception du ministre face à ce marasme. Mais il est difficile de justifier cette régression par la seule conjoncture internationale qui n’a pas permis l’ouverture supplémentaire du capital Maroc Telecom.
Le ministre explique le retard pris dans la privatisation de la RAM par la crise du secteur aérien mondial après les attentats du 11 septembre. Quant au report de la cession de la régie Tabacs, Fathallah Oulalou l’explique par la complexité de cette opération en l’absence d’un cadre réglementaire. En principe, on ne programme pas des recettes quand on sait que la libéralisation du secteur des tabacs n’est pas à jour. Cela est contraire à l’essence de la prévision. Encore faut-il rappeler que plusieurs sociétés dans des secteurs divers figuraient depuis des années dans la liste des privatisables sans qu’elles puissent trouver des repreneurs.
À cette époque, il n ‘y avait pas le marasme des attentats du 11 septembre, ce qui veut dire qu’il faut chercher le mal ailleurs. Au niveau des institutions financières, la BNDE et le CIH ne suscitent pas l’intérêt des investisseurs étrangers.
Cette désertion des capitaux pourrait s’expliquer par le fait que le CIH est aux devants de l’actualité judiciaire. La mauvaise gestion des entreprises publiques est au coeur du problème avec un surendettement et des sureffectifs qui font fuir les investisseurs les plus attirés par le Maroc. L’industrie sucrière où pourtant le Maroc n’arrive pas à atteindre l’autosuffisance, compte quatre sociétés dans la liste d’attente : Sucrafor, SUNABEL, SUTA et SURAC. Cherchez l’erreur.
Le textile avec SETAFIL et COTEF n’est pas du reste tout comme l’agriculture et l’agro-industrie avec la SNDE et FFERTIMA. L’industrie automobile et minière trouvent, elles aussi, des difficultés à se vendre avec SOMAC et SAGEM (Manganèse). Toutes ces entités ont un point commun de mauvaise gestion qui alourdit leur passif et les plonge depuis des années dans le cercle vicieux de déficits cumulés. C’est très simple, on ne peut pas vendre un produit qui souffre de plusieurs défauts de qualité même si la conjoncture mondiale est bonne.

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