La solution est politique

ALM : En tant que responsable associatif marocain en Espagne, comment réagissez-vous aux dernières agressions survenues à El Ejido ?
Hamza Hanafi : La situation que nous vivons à El Ejido ne se limite pas uniquement à cette ville, mais au niveau de toute la province d’Almeria. Et je dirais même plus, au niveau de toute l’Espagne. Depuis 2000, date des premiers événements sanglants qui ont eu lieu dans la même ville, les agressions ne sont jamais éteintes. Les gens ont peur d’aller se plaindre à la police. Et pour cause, les agresseurs bénéficient d’une grande complicité des agents de sécurité et des services de police. Ces derniers se chargent systématiquement d’emprisonner ou de renvoyer à son pays d’origine, en l’occurrence, le Maroc, toute personne sans papiers ayant le courage de porter plainte. Les autorités espagnoles considèrent les sans-papiers comme des sans-droits. Leurs voix ne peuvent donc être entendus.
Qui sont ces agresseurs à votre avis ?
Il s’agit de bandes très organisées, protégées. Leurs membres viennent des villes et villages autres que ceux où les agressions sont commises. Ils ne s’attaquent jamais aux travailleurs vivant dans des quartiers résidentiels, mais plutôt à ceux qui, à défaut d’un logement décent, vivent dans des maisons désertes ou des coins très éloignés des villes et villages. Isolés, ils ne peuvent ni se défendre, ni crier à l’aide. Aucune enquête n’est menée pour déterminer les responsables, encore moins des procès pour juger et punir ces criminels.
Quelles sont les véritables motivations qui animent les auteurs de ces actes ?
Les motivations sont à la fois sociales et politiques. L’immigration a toujours servi de carte électoraliste qu’on peut brandir à n’importe quelle occasion pour justifier telle ou telle crise. Ce qui se passe à El Ejido n’est pas une série d’actes criminels qui ont lieu dans un espace géographique limité. C’est la réalité de l’immigration dans tout le pays. Seulement, les événements de l’an 2000 ont permis de jeter toute la lumière sur la ville. Il faut dire que de façon générale, les conditions de vie des travailleurs marocains à Almeria sont des plus déplorables. On leur refuse tout. Le droit à un logement digne de ce nom ne leur est pas garanti. Ils subissent toutes les formes possibles et imaginables de racisme, jusqu’au refus d’être servis dans les cafés. Maintenant, on leur refuse même le travail. On leur préfère des travailleurs venus d’Europe de l’Est ou d’Amérique Latine.
Existe-t-il une issue possible à ce véritable drame que vivent les Marocains en Espagne ?
La solution à ce problème ne peut être que politique. Le travail ne peut se faire qu’à travers les gouvernements des deux pays. Les sources de conflits entre l’Espagne et le Maroc sont nombreuses. De la pêche à la question du Sahara, en passant par l’immigration clandestine et le phénomène des pateras et la question de Sebta et Méllilia…, toutes les raisons sont bonnes pour attiser la haine des Espagnols à l’égard des Marocains. Les événements qui ont lieu au Maroc leur sont reprochés. L’amalgame est total. L’obscurantisme, les médias aidant, atteint des proportions inquiétantes. Trouver des solutions politiques aux conflits opposant les deux pays, c’est faire un grand pas en avant en faveur des Marocains résidants en Espagne.

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