La surenchère inutile de l’Istiqlal

Un vrai bonheur traverse les deux grands pôles de la mouvance populaire, le MP de Mohand Laenser et le MNP de Mahjoubi Aherdane. Ce couple, qui se sait incontournable dans les négociations pour la formation du futur gouvernement, est devenu inséparable. Le vieux et roublard Amghar avec le jeune politicien à l’allure technocratique. Ces deux-là, très courtisés en ce moment, ne se fâcheront plus pour rien au monde. Ils ont lié le destin politique de leurs formations respectives pour le meilleur. Le pire pour eux, déjà éloigné, étant d’être renvoyés sur les bancs de l’opposition.
Depuis samedi 5 octobre, Abbas El Fassi est accroché au téléphone avec Laenser et Mahjoubi pour qu’ils assistent à une réunion de consultations avec l’Istiqlal et le PJD. L’un répond qu’il ne saurait honorer cette demande sans la présence de l’autre. Cette réunion de concertation a finalement eu lieu mardi 8 octobre vers 18 heures, au domicile du leader de l’Istiqlal, à Rabat. Étaient présents, l’idéologue du PJD Saâdeddine El Othmani et les chefs du MNP et du MP. En présence du maître de céans qui ne désespère pas d’être celui du futur exécutif, la discussion a tourné à propos de la possibilité pour les quatre partis de créer une grande coalition gouvernementale autour de l’Istiqlal. Le communiqué commun diffusé à cette occasion n’est pas inintelligible : après “évaluation de la situation actuelle dans notre pays et ses développements“, les quatre dirigeants ont convenu que “notre pays a besoin d’un gouvernement fort et efficace, bénéficiant de la confiance de S.M le Roi et du soutien du peuple marocain et capable de dépasser la crise actuelle et de réunir les conditions d’un développement juste et durable“.
Or, cette coalition, d’essence “droito-islamiste“, n’atteint la majorité simple de 163 sièges qu’avec l’apport de deux autres forces d’appoint, l’UC et le PND. Lors de la réunion du Comité exécutif de l’Istiqlal, intervenu après celle des quatre leaders, on a écarté d’emblée la possibilité de faire appel aux deux partis en question, jugés “peu fréquentables“ en raison de leur image de “ partis de l’administration“ qui leur colle à la peau comme une stigmate.
Les calculs d’Abbas El Fassi débouchent donc sur une impasse. Il n’aura pas son gouvernement. Cependant, ce qui lui fait plaisir, c’est que l’USFP, non plus, privé de l’apport des deux mouvements populaires, n’aura pas la majorité requise avec les sièges du RNI et ceux des autres petits partis de gauche. En menant ses propres concertations, l’Istiqlal a voulu montrer justement dans une espèce de surenchère politicienne qu’il est l’égal de l’USFP et que les deux frères-ennemis sont au coude à coude. Une chose est sûre : Le MP et le MNP, eux, se trouvent au centre du dispositif pour la constitution du futur gouvernement. Le coeur de la paire Laenser -Aherdane balance alors vers quel bord? L’USFP ou l’Istiqlal ? En vérité, les intéressés ne visent rien d’autre que le gouvernement, même si l’Istiqlal voudrait faire croire que les deux mouvements ont lié leur destin politique au sien. Faux, rétorque-t-on du côté du MNP et du MP. “Les concertations avec l’Istiqlal ne nous engagent à rien“.
En vérité, Laenser et Aherdane, qui ont des contacts avec Abdelouahed Radi et non avec le Premier secrétaire du parti, n’ont pas apprécié le fait qu’ils soient écartés du rapprochement opéré, dimanche dernier, par l’USFP et le RNI. Une alliance officialisée par un communiqué très clair, et immortalisée par une superbe photo montrant Abderrahmane Youssoufi serrant la main d’Ahmed Osman. Cette situation a dû déplaire plus à l’Istiqlal qui considère que l’USFP a renié par ce mariage l’esprit de la Koutla.
C’est la rencontre comme des étincelles des états d’âme de l’Istiqlal et des deux mouvements populaires qui a donné lieu à la réunion de ces trois partis et le PJD. Sous les enchères organisées et nourries par l’Istiqlal pointe en fait sa véritable ambition : amener l’USFP à en faire un partenaire de la future coalition gouvernementale. Un seul objectif vous manque et tout est dépeuplé…
Alors que l’Istiqlal a engagé un forcing, avant même l’annonce des résultats définitifs du scrutin du 27 septembre, dans une course presque obsessionnelle vers la primature, voilà que le Souverain surprend tout le monde en nommant Driss Jettou au poste de premier ministre. Un geste qui en dit long…

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