L’abattage de tous les dangers

S’étant effectué dans la douleur, le transfert des abattoirs de Casablanca vers des locaux répondant aux normes internationales en la matière a catalysé une multitude de causes à effet. Inaugurés en grande pompe, les abattoirs en question ont été présentés comme une révolution du secteur, notamment en matière de salubrité. Cependant, la mise en service des nouvelles structures a plutôt eu l’effet inverse.
Certes, les nouveaux locaux peuvent se targuer d’être une révolution en matière d’hygiène. Cependant, les nouvelles taxes d’abattage qui ont accompagné le transfert, jugées scandaleuses par les chevillards, ont engendré une montée en puissance de l’abattage clandestin. Exempt de toute forme d’imposition, ce procédé s’avère un exutoire fortement brigué vers lequel convergent en masse, aujourd’hui, chevillards comme consommateurs. En effet, le consommateur traditionnel marocain s’est toujours orienté vers ce marché, en dépit de sa connaissance du statut informel qu’il endosse. Les personnes ayant un moyen de locomotion se sont, de tout temps, acheminées vers les souks avoisinants pour s’approvisionner en viande. Les raisons invoquées sont toutes simples : la viande a une saveur meilleure, en plus du prix qui est en deçà de celui pratiqué chez les bouchers qui s’approvisionnent légalement. La fraîcheur de la viande est également évoquée, les bêtes abattus le jour du souk étant toutes liquidées. Mais en général, c’est surtout le coût modéré qui stimule cette caste de consommateurs, en prolifération ascendante.
«Le patron est d’une ingratitude absolue. Depuis le jour où il m’a embauché, je l’ai mis en contact avec mon cousin boucher et dès ce jour-là, il se fait livrer de la viande à moindre coût, faisant parfois jusqu’à 20dh d’économie sur le kilo, et en retour, je n’ai même pas droit à un traitement de faveur».
Cette phrase émane de la bouche d’un employé, qui travaille dans un snack et qui est excédé par l’autoritarisme de son patron. Mais au-delà de ses lamentations, il ne pouvait appréhender que c’est une véritable révélation qu’il venait de faire.
Ainsi, nombreux sont les propriétaires ou autres tenanciers de gargotes, et même de snacks modernes, qui n’hésitent aucunement à servir de la viande issue de l’abattage clandestin. Le prix de revient étant beaucoup plus abordable, les bénéfices à en tirer s’en trouvent nettement plus alléchants.
Le nombre de ces pratiques pourrait être effroyable si l’on se fie à certains témoignages. Un comportement hautement irresponsable qui s’avère périlleux dans une métropole comme Casablanca, où rares sont les personnes qui prennent la peine de renter à la maison pour le déjeuner. Le cas du consommateur qui opte pour le marché de l’informel est tout autre. Il est libre de faire ses emplettes où il veut, tant qu’il en assume l’entière responsabilité. D’autant plus que des générations avant lui ont consommé la même viandes sans avoir à en payer un quelque prix que ce soit. Ceci étant, le risque est omniprésent, notamment si l’on prend en considération que de la viande consommée dans des pays européens et préalablement contrôlée, aura quand même fait beaucoup de dégâts. C’est le cas de la maladie de Creutzfeldt-Jacob que même les moyens de contrôle les plus draconiens n’ont pu déceler. Le pire reste à venir.

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