L’amazighité : Du culturel au politique

Aujourd’hui le Maroc : Comment appréhendiez-vous la nomination de M. Chafiq à la tête de l’IRCA ?
Hassan Id Belkacem : La nomination de Mohammed Chafiq, en tant que recteur de l’IRCA (Institut royal de la culture amazigh), était attendue. M. Chafiq est connu en tant qu’acteur dynamique en faveur des dimensions multiples de l’identité marocaine. Il s’agit d’une bonne initiative ; et ce, même si elle est venue tard et après quarante années après l’indépendance du Maroc.
Ceci dit, il n’en demeure pas moins important de connaître le degré d’engagement politique et de savoir s’il y a une volonté réelle à même de permettre à l’Institut d’accomplir son rôle.
Qu’en est-il en fait de la relation entre les dimensions culturelle et politique ?
Durant les quarante dernières années, le pluralisme culturel de l’identité marocaine n’était pas reconnu pour des raisons politiques.
Sur ce, il y a lieu de souligner que la reconnaissance de la dimension amazigh constitue une position et un acte politique.
Il est indéniable que l’initiative royale revêt ce caractère et le dote d’une signification particulière. En outre, elle survient suite à un long processus de lutte pour la politisation de la question amazigh et en vue de faire aboutir bon nombre de revendications.
Il faudrait rappeler, à cet effet, l’émergence dans l’année 2000, d’une série d’initiatives qui se sont soldées par l’appel à la tenue d’une rencontre nationale à Bouznika. Une initiative interdite, en 2001, pour des raisons politiques.
Il y a lieu de rappeler, également, que l’annonce royale concernant la constitution de l’IRCA est intervenue un mois avant la Conférence de Durbin sur la discrimination raciale. Tout cela corrobore la thèse de la politisation de cette affaire.
Par ailleurs, dans le passé, certains militants tentaient de convaincre les dirigeants des partis politiques de la nécessité d’inscrire la cause berbère dans le cadre de leur plate-forme politique. Car, sans influence ou pression sur les centres de décision politique, toute demande culturelle serait condamnée à l’échec.
Pourrait-on savoir le nombre global d’associations amazigh ?
Il y a plus de 100 associations marocaines d’obédience amazigh et agissant dans la perspective du développement local. A Rabat et Casablanca, par exemple, il y a quatre ou cinq associations dans chaque ville. La majorité de ces associations ont commencé par le culturel avant de passer à l’action politique.
En outre, certaines confédérations associatives sont composées d’une vingtaine d’associations, comme c’est le cas pour la ville de Nador.
Quelles sont les principales doléances de ces entités associatives ?
De manière générale, on pourrait dire que la principale revendication porte sur l’adoption d’une constitution démocratique qui reconnaît tamazight en tant que langue officielle et son insertion dans les programmes de communication, d’information et de scolarisation. A cela, s’ajoute la lutte contre la discrimination dans le rapport à l’identité.
Mais, pour ce faire, la participation des citoyens à la vie politique s’impose.
Ceci étant, l’initiative royale est due à la conjonction de trois facteurs essentiels. D’abord, à l’évolution de la société et du degré de maturité et de conscience à l’égard de cette question, ensuite à l’action entamée sur le plan international et à la pression exercée sur les pouvoirs publics, et, enfin, à la compréhension du Souverain.

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