L’amère victoire de Yasser Arafat

Yasser Arafat est sorti jeudi en vainqueur de son QG de Ramallah après plus d’un mois de siège israélien. Le chef de l’Autorité palestinienne a été acclamé par de nombreux sympathisants. Il a scandé avec eux des slogans en faisant le «V» de la victoire devant les caméras avant de partir en voiture escortée de gardes circulant dans deux jeeps. La levée du siège de M. Arafat a été rendue possible après qu’Israéliens et Palestiniens se furent entendus sur une proposition américaine prévoyant le transfert, sous la garde d’Américains et de Britanniques, de six détenus palestiniens recherchés par Israël et présents à l’intérieur du QG à Ramallah.
Lors d’une visite dans plusieurs bâtiments endommagés de la ville, le président Arafat a sévèrement dénoncé le Premier ministre israélien Ariel Sharon. «C’est du racisme, c’est du fascisme», «Sharon a commis Sabra et Chatila, le Liban, et il a recommencé ici», a-t-il ajouté. Il s’est également rendu dans un cimetière et dans un hôpital de la ville, se disant toujours lié par l’accord de paix israélo-palestinien d’Oslo signé en 1993 et a affirmé que se rendre à l’étranger n’était pas sa priorité. Sharon avait en effet déclaré qu’Israël ne garantissait pas à Yasser Arafat de pouvoir rentrer s’il se rendait à l’étranger.
A propos du camp de réfugiés de Jénine, M. Arafat a comparé les combats qui s’y sont déroulés du 3 au 12 avril à ceux de la bataille de Stalingrad durant la seconde guerre mondiale. Les Palestiniens accusent l’armée d’occupation israélienne d’avoir perpétré un massacre de centaines de personnes à Jénine, ce que nie Israël, qui affirme que «quelques dizaines de Palestiniens» y ont été tués, au cours de combats. A New York, le conseil de sécurité de l’ONU a ajourné vers 06h00 GMT ses travaux après plusieurs heures de discussions sans parvenir à un accord sur la réponse à apporter à la lettre du secrétaire général Kofi Annan annonçant sa décision de dissoudre la mission qui devait faire la lumière sur les évènements de Jénine.
La dissolution de cette mission serait un « désastre », a estimé le dirigeant palestinien Saëb Erakat. «Nous voulions que cette mission fasse que ces crimes de guerre ne se répètent plus», a-t-il déclaré estimant que sa dissolution serait «un feu vert à (Ariel) Sharon et son gouvernement pour commettre plus de massacres et plus de crimes de guerre». Ajoutée aux exécutions, aux arrestations et au bouclage systématique, la récente agression israélienne n’a pas été sans conséquences pour l’économie palestinienne. C’est ainsi que Peter Hansen, le commissaire général de l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens (UNRWA), a chiffré à 2 milliards de dollars les besoins des Palestiniens après l’agression.
Au début de l’année, l’UNRWA avait estimé ses besoins à 117 millions dollars, a rappelé M. Hansen, soulignant n’en avoir encaissé que 47 millions. Il a expliqué les nouveaux besoins par les dévastations, notamment à Jénine où ce qui s’est passé «a été bien plus destructeur qu’un séisme». Sur le terrain, l’armée d’occupation israélienne a arrêté 124 Palestiniens en Cisjordanie depuis la nuit de mercredi à jeudi dans différentes localités, dont 112 dans le seul camp de réfugiés d’Al Aroub près d’Al-Khalil (Hébron).
L’armée a également réoccupé pendant quelques heures la ville de Tulkarem avant de s’en retirer. Par ailleurs, les Palestiniens attendent une sanction contre Israël pour l’assassinat du chef du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), Abou Ali Moustafa, après la condamnation à la prison des assassins d’un ministre israélien, a déclaré jeudi Nabil Chaath, le ministre palestinien à la Coopération internationale. La branche armée du FPLP avait revendiqué l’assassinat du ministre israélien de tourisme Rehavam Zeevi, en octobre à Al-Qods-Est, en représailles à l’assassinat d’Abou Ali Moustafa, par l’armée israélienne en août à Ramallah en Cisjordanie.

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