L’art d’être victime

La nuit du 6 au 7 novembre dans la région parisienne. Un froid de canard. Les rues sont presque désertes. Un homme accompagné d’un de ses proches conduit sa BMW série 7. Le silence de la nuit n’est pas pour autant perturbé. Des coups de feu cassent ce rythme idyllique. Hicham Mandari se dit victime d’un autre attentat fomenté par les services marocains. Exception faite de la description du lieu et du climat, le reste est à prendre avec des pincettes. Et pour cause.
L’homme est intrigant. À plusieurs titres d’ailleurs. Il n’a pas cessé depuis qu’il a été arrêté de nous surprendre, tellement sa vie de tous les jours devenait subitement intéressante parce qu’une fois on voulait l’intimider, une autre l’agresser une troisième fois le tuer carrément. Plutôt l’assassiner. Hicham Mandari, depuis qu’il est sous le coup de la loi, depuis qu’il est mis sous contrôle judiciaire n’a plus aucun intérêt particulier pour qui que ce soit. Ses bombes médiatiques qu’il voulait lancer contre le Maroc depuis la Floride où il a été détenu avant son extradition en France se sont avérées sinon des pétards mouillés, du moins des canulars de mauvais goût. Son train de vie a changé. Chaque fois qu’il se sent en mal de notoriété, qu’il se sent menacé par son inéluctable sort de tomber dans l’oubli, il cherche à se faire de nouveau remarquer au prix de n’importe quelle mystification, n’importe quelle baudruche, de préférence par voie de presse, y compris marocaine. Alors qu’en fait, son histoire à lui est bel et bien terminée. Après la Floride, c’est à la justice française de dire son mot. Interpellé aux Etats-Unis en août 1999, le Marocain a séjourné pendant deux ans dans une prison de Floride avant d’être extradé en France, en mai 2002. À Paris, la juge d’instruction Bismuth-Sauron l’a mis en examen pour «transport, mise en circulation et détention de signes monétaires contrefaits ou falsifiés».
La dernière de ses tentatives pour refaire surface, et pourquoi pas influencer le cours de son interrogatoire, est digne des grands réalisateurs des films d’action. Elle s’est déroulée dans la région parisienne. Hicham Mandari au volant de sa berline a été victime d’une tentative d’assassinat. Et la presse de l’Hexagone n’a pas manqué de se faire l’écho de cette opération rocambolesque. Le quotidien Le Monde, par exemple, dans son édition du 8 novembre, réserve pour cette opération un encardé accompagnant l’article de notre ‘’ami » Jean Pierre Tuquoi, encore lui, sur le nouveau gouvernement marocain. « Longtemps membre important du service de sécurité de Hassan II, impliqué depuis dans une affaire de fausse monnaie, Hicham Mandari a été victime, dans la nuit du mercredi 6 au jeudi 7 novembre, d’une tentative d’assassinat non loin de Paris. Des coups de feu ont été tirés contre le véhicule à bord duquel il se trouvait. Une enquête de flagrant délit a été ouverte. Selon son avocat, Me William Bourdon, l’agression contre M. Mandari serait liée à « ses relations passées avec la famille royale marocaine ». L’avocat a saisi le ministre de l’intérieur, Nicolas Sarkozy, afin que soient prises toutes les mesures utiles pour assurer la « sécurité » de son client, note enfin Le Monde. Il est vrai que des coups de feu, ce n’est une affaire qu’on peut classer sans suite. Mais si on impute allègrement chaque coup de feu à des services secrets – ou pas secrets – d’un Etat étranger, on ne trouvera presque jamais le mobile du délit ou du crime commis. Encore faut-il qu’il ne s’agisse pas d’un simulacre, d’autant plus que l’intéressé maîtrise l’art de l’arnaque et les manoeuvres des barbouzes.
C’est ce qu’on peut relever dans le quotidien français Le Parisien du 8 novembre qui, informant sur «l’attentat», souligne qu’aux yeux de la justice française, Mandari est d’abord un escroc international de haut vol, même s’il se présente comme ancien conseiller de feu S.M. Hassan II.
Depuis sa remise en liberté sous contrôle judiciaire en juillet 2002, Mandari se dit avoir été agressé trois fois. On lui a d’abord volé sa mallette «à l’arraché» en août 2002. Début septembre 2002, un homme armé l’attendait dans le hall de son immeuble pour lui intimer l’injonction «de se taire». Hier, enfin, il a essuyé deux coups de feu. Pour son avocat, William Bourdon, dont les propos ont été rapportés par Le Parisien «ces agressions s’expliquent par les relations passées d’Hicham Mandari avec la famille royale marocaine ». Il demande à ce que le ministère de l’Intérieur «prenne immédiatement toute mesure utile afin d’assurer sa sécurité» et s’étonne «qu’un homme surveillé en permanence par la police puisse être aussi facilement la cible de tueurs».
Ce n’est pas l’avis de la brigade criminelle en charge de l’enquête. «Cette agression a eu lieu dans une cité où les vols de voiture à main armée sont fréquents, explique un enquêteur. Il peut s’agir de cela. Par ailleurs, vu les premiers éléments balistiques, il semble que le ou les tireurs n’aient pas eu l’intention de tuer.» «Extradé en mai 2002 des Etats-Unis, Mandari est impliqué dans l’une des plus gigantesques affaires de fausse monnaie du XX e siècle, celle des faux dinars de Bahrein, mise à jour au printemps 1998, qui portait sur quelque 380 millions d’euros.
Hier, la trajectoire dorée de ce personnage mystérieux a failli s’achever brutalement sur un trottoir de la banlieue parisienne, à Asnières (Hauts-de-Seine). Alors qu’il se rendait chez un membre de sa famille au volant de sa BMW série 7 toute neuve, Mandari a été la cible d’un ou deux hommes armés qui l’attendaient au bord de la route. Il a immédiatement porté plainte au commissariat d’Asnières. La brigade criminelle de Paris a été saisie de cette affaire en raison de son caractère sensible.», note le quotidien. Il faut reconnaître tout de même à Mandari une qualité: celle de rester égal à lui-même. Un véritable maître-chanteur, même lorsqu’il revêt le rôle de la victime. Aujourd’hui, il est sous le contrôle de la justice française. Il ne peut plus courir. Sauf le risque d’arnaquer plus fort que lui.

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