L’associatif : Un agent de développement local

Les préparatifs techniques pour les prochaines élections communales iront en s’accélérant au cours des prochaines semaines. Dans cette perspective, les débats, même sommaires, qui se préparent au sein des états-majors politiques et dans les milieux concernés, vont traiter essentiellement des missions de plus en plus multiples et importantes des collectivités territoriales, de leur rôle dans la prise en charge des politiques de décentralisation, des modalités de transfert de compétences entre l’État, devenu de plus en plus modeste dans ses prétentions en la matière, et les collectivités qui incarnent la démocratie locale et en déterminent les contours et le contenu. Mais la question qui sous-tend l’ensemble de ces débats est celle de savoir comment les collectivités territoriales parviendront-elles à opérer leur mutation pour s’affranchir des nombreuses tares et dysfonctionnements qui portent un grave préjudice à leur image et jouer réellement leur rôle en tant qu’animateur du développement local et coordinateur central entre les divers intervenants.
Dans l’état d’indigence de la réflexion collective sur les modalités de mise en oeuvre effective d’une stratégie de développement local, par manque de compétences et de ressources humaines qualifiées dans le domaine, les nombreuses associations actives localement et dont l’action est orientée vers le travail de proximité, dans des secteurs touchant le vaste chantier du développement intégré et tel ou tel segment du développement durable, fournissent une bonne matrice de réflexion et de mise en oeuvre des processus de développement local.
Partout dans le monde, comme au sein de toutes les organisations Internationales et régionales intervenant dans le champ du développement, le mouvement associatif est considéré comme un interlocuteur direct et déterminant dans la mise en place de programmes de développement local et il est traité en conséquence. Le dernier Forum Global sur la redéfinition du rôle de l’État face aux autres acteurs de la vie publique, et qui s’est réuni récemment à Marrakech, a consacré cette dimension du mouvement associatif, de manière formelle, et a appelé les États à lui donner une traduction concrète sur le terrain.
Au Maroc, il est incontestable que la société civile, via le mouvement associatif, est très active dans l’ensemble des domaines où elle intervient. La défense des droits de l’homme et des libertés, le renforcement de la démocratie, les diverses questions sociales à caractère d’assistanat ou de revendication, en faveur des victimes de tous ordres ou de couches fragiles de la population, etc. Mais, dans l’optique de la mise en place d’une stratégie de développement intégré, notamment en milieu rural, les associations qui ont capitalisé le plus d’expérience, d’expertise, de savoir-faire et qui ont une réelle implantation sur le terrain, ce sont ces milliers d’entités de diverses tailles, portées par des femmes et des hommes qui, souvent bénévolement, réalisent des miracles au quotidien, au profit des populations démunies, en creusant des puits, fournissant de l’énergie, balisant des pistes rurales, menant des campagnes d’alphabétisation, de vaccination et de soins médicaux dans les coins les plus reculés et les plus inaccessibles, s’ingéniant à trouver de nouvelles sources de subsistance pour les populations, de nouvelles manières de vivre en bonne intelligence avec la nature, d’établir de nouvelles formes de liens sociaux et civiques, de pratiquer la citoyenneté…
Il est certes excessif de croire que ces entités pourront se substituer ou remplacer tel ou tel acteur de la vie publique. Ce serait même préjudiciable à la vocation du mouvement associatif. Celle-ci suppose que les associations, compte tenu de leur souplesse, de leur rapidité de réaction et du relationnel dont elles disposent, agissent comme des éclaireurs, des précurseurs et des pionniers pour défricher les chantiers, mener les études exploratoires préalables, fournir de l’expertise, former des agents de développement et introduire l’innovation dans les outils de réflexion, de planification et d’exploration. Pour optimiser ces apports, deux conditions sont indispensables : Premièrement, il faut que le mouvement associatif sache comment s’organiser, comment coordonner les actions, se constituer en réseaux, professionnaliser la gestion des entités associatives et mettre en place les procédures à même d’opérer une typologie qui facilite la visibilité et la transparence du monde associatif. Et en second lieu, amener l’administration à tous les niveaux, les collectivités territoriales et les acteurs économiques à reconnaître un statut d’interlocuteur privilégié aux entités associatives agissant dans le domaine du développement durable. C’est une synergie indispensable pour harmoniser les relations entre tous les intervenants dans le domaine du développement.

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