L’audit mis à l’index

L’âge d’or des cabinets d’audit tire peut-être à sa fin. L’implication d’Arthur Anderson dans la faillite de l’un de ses principaux clients, Enron (géant du courtage en énergie) a eu l’effet d’une bombe qui a déstabilisé la profession à l’échelon international. L’onde de choc de ce scandale n’a pas épargné le Maroc. Le débat sur la crédibilité de ces cabinets revient au-devant de la scène. D’autant plus que le rapport d’un auditeur peut avoir des conséquences graves sur le destin d’une vie ou de plusieurs. Aujourd’hui, c’est simple, les pratiques des cabinets d’audit sont mises à l’index. A ce propos, le Syndicat national des experts comptables, lors de sa dernière affiche une position tranchée. Selon les propos des membres du Syndicat, ce dernier souligne que le monopole de l’audit est réservé par le législateur aux membres de l’Ordre des experts-comptables qui doivent s’y impliquer et non à leurs stagiaires et à leurs collaborateurs. Et de poursuivre que quand il y a un scandale financier comme c’est le cas du CIH ou de la CNCA, c’est l’image et de la crédibilité de toute la profession qui en souffre. Pour ce qui est de la CNCA, il y a lieu de signaler que lors de la séance du 6 février 2002, date du procès des cadres de la Caisse agricole, les trois inspecteurs chargés par l’ex-directeur de mener un audit interne, portant sur les immobilisations ont avoué à la Cour que leur mission n’a pas été achevée. Ces témoins ont déclaré que la procédure n’a pas été respectée dans la mesure où les accusés mis en cause n’ont pas donné leur version des faits à la commission juridique de la banque. Rappelons que les poursuites ont été basées sur ledit audit. Passée cette parenthèse, revenons au vif du sujet.Le débat sur la crédibilité et l’indépendance des cabinets d’audit ne date pas d’aujourd’hui. Ils font l’objet depuis longtemps de critiques sévères de la part des milieux d’affaires. Le scandale auquel est lié Arthur Anderson sème le doute sur l’impartialité des auditeurs. Au Maroc, le silence affiché par les responsables des antennes des Big Five, à savoir Pricewaterhouse, KPMG, Arthur Anderson, Deloitte &Touche et Ernst &Young ne fait qu’enfoncer le clou. Dans les milieux d’affaires, on déplore le déficit de communication de ces cabinets pour rectifier le tir. Au niveau mondial, la réaction des Etats-majors des cabinets d’audit ne s’est pas faite attendre. Après le scandale d’Enron, l’heure des grandes réformes est venue. Leur management a adopté en effet des mesures d’urgence. L’objectif étant de tenter de redorer leur blason et surtout d’éviter de perdre des clients. A titre d’exemple, Deloitte Touche Tohmatsu, a été le dernier en date à annoncer, mercredi 6 février, une réforme profonde.
Concrètement, cette refonte se traduit par la séparation des activités de conseil (garantie de l’indépendance oblige) de ses prestations d’audit, de même que son concurrent KPMG. Le groupe a décidé de refuser de nouveaux contrats d’audit interne pour des clients dont il assure l’audit externe. Une première de taille dans cette profession. Suivant l’exemple d’Arthur Andersen, dimanche 9 février s’est refusé de mener chez sa clientèle des activités de conseil ou d’audit interne parallèlement à ses services d’audit comptable.
C’est d’ailleurs le mélange entre deux types de prestations distinctes qui semble être l’un des facteurs qui expliquent le scandale de la faillite du courtier en énergie.
A ce titre, notons qu’Arthur Andersen a reçu, d’Enron en 2001, 27 millions de dollars pour le conseil et 25 millions pour l’audit comptable.

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