L’avenir du Wahhabisme en question

Alliée des Etats-Unis d’Amérique, l’Arabie saoudite s’était érigée, depuis la montée au pouvoir de l’Ayatollah Khomeyni, comme un pays musulman modéré face à l’intégrisme chiite qui venait de naître en Iran.
Cette image sera consacrée et défendue par les dirigeants américains durant plusieurs décennies pour le double intérêt que cela présentait pour l’Amérique.
Pour Washington, l’hégémonie sur le pétrole du Golfe passait inéluctablement par Riad, premier producteur de la région et qui exerce une tutelle sur les monarchies avoisinantes. Le deuxième point d’intérêt est celui du front idéologique que l’Arabie saoudite constituait face à l’expansion du chiisme iranien.
Aujourd’hui, un an après les événements du 11 septembre, cette image est en train de changer. Les attentats contre l’Amérique auront révélé que le Wahhabisme adopté par l‘Arabie saoudite comme le pilier idéologique de son pouvoir politique constitue une pépinière de l’intégrisme au niveau mondial. Une scission est donc en train de s’opérer dans ce pays entre pouvoir politique et pouvoir religieux et qui risque d’avoir des répercussions sur tout le monde islamique.
Né au XVIIIe siècle, le Wahhabisme est une doctrine sunnite fondée par Mohamed Ibn Abdel Wahhab, un jeune érudit qui avait été impressionné par les idées du fameux Imam Ibn Taymia. Ce dernier est considéré comme un continuateur de l’oeuvre d’Ibn Hanbal, l’un des quatre principaux Imams sunnites (les autres sont : Malik, Acchafiï et Abou Hanifa) mais le plus radical. Il est donc le père de l’ïslamisme politique actuel.
Ibn Abdel Wahhab renchérit sur la rigueur puritaine du Hanbalisme et fonde sa propre tendance connue sous le nom du Wahhabisme et basée sur la condamnation de toutes les « innovations blâmables ». Celles-ci concernent tant les pratiques religieuses que les autres aspects de la vie moderne.
Cette doctrine avait besoin d’un pouvoir politique pour la soutenir, mais, à l’époque, la presque, île d’Arabie vivait sous un système tribal marqué par les rivalités entre les chefs de tribus. Seul un homme allait s’allier avec le jeune Ibn Abdel Wahab, il s’agit du fondateur du royaume d’Arabie saoudite Mohamed Ibn Saoud. Les deux hommes s’unirent dans l’objectif de réunifier toutes les tribus dans un émirat islamique basé sur le principe : « la loi divine prime sur la loi tribale ». Cette alliance, qui a donné naissance à la création de l’Etat saoudien, continue jusqu’à nos jours d’être la colonne vertébrale du pouvoir dans ce pays. Certes, elle a traversé plusieurs périodes de turbulences où le pouvoir des religieux s’affrontait à celui des politiques, mais les deux restaient conscients que l’existence de l’un dépend de celle l’autre.
Exportée partout dans le monde grâce aux réseaux financiers saoudiens, la doctrine Wahhabite a été à l’origine de la naissance des mouvements islamistes. Sachant que les deux principes élémentaire du Wahhabisme est le devoir de la migration (Al Hijra) et du Jihad, des jeunes volontaires de toutes les nationalités sont recrutés pour aller faire ce devoir là où « les musulmans ont besoin d’aide ». C’est cette tendance qui a donné naissance à des hommes comme Ben Laden et tous ceux qui ont été recrutés dans son réseau dit Al Qaïda. Pour eux, le principe instauré par Ibn Hanbal au troisième siècle est immuable : « le Jihad est un devoir…aussi longtemps que les infidèles ne sont pas tués, leurs voix étouffées et leurs gestes arrêtés ».
Le pouvoir saoudien est actuellement dans une situation des plus embarrassantes, car la crise qui le confronte aux imams wahhabites est différente. Car, pour la première fois dans l’Histoire, la survie du pouvoir saoudien est plutôt liée au divorce avec cette doctrine qu’à son alliance avec elle.

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