Le blues des blouses blanches

Le blues des blouses blanches

Le métier d’infirmier et d’infirmière. Voilà qui rappelle la chanson hommage du grand chanteur algérien Rabah Driassa et qui nourrit bien de fantasmes masculins. Une perception absolue qui jure avec une réalité marocaine qui n’a rien de rose. Le malaise est dans tous les niveaux. Les statistiques 2004 en la matière parlent d’un nombre global d’infirmiers de l’ordre de 30.000. Quelque 26.690 (90%) d’entre eux travaillent dans le secteur public. Le reste, soit 3410, travaille dans le privé. Mais sur le nombre total annoncé, on regroupe tout le personnel paramédical, dont les infirmiers ne représenteraient que la moitié. Le tout est réparti sur 2405 formations ambulatoires, c’est-à-dire, les établissements faisant partie du Réseau de soins de santé de base et 122 formations hospitalières.
Hiérarchiquement parlant, les infirmiers sont répartis en deux grandes catégories. D’une part, les auxiliaires, qui constituent une bonne majorité. De l’autre, les IDE (infirmiers diplômés d’Etat). Ces derniers sont répartis selon leurs grades, un premier équivalant à l’échelle 10 de la fonction publique et un deuxième dont le grade équivaut à celui de l’ échelle 9. A cela s’ajoutent deux autre grades : un grade principal (échelle 11) et un grade d’assistant, après une maîtrise soit en administration sanitaires soit en sciences infirmières.
Les salaires vont de 2500 DH pour un auxilière débutant à 4500 DH pour un IDE de 1er grade. Pour un grade principal, le salaire est de 8000 DH. En ce qui concerne la formation, il existe deux cycles de formation au Maroc. Le premier est implanté au niveau des neuf régions, à travers des Instituts de formation en carrières de santé (IFCS). La durée de formation est de trois ans. Le deuxième cycle est centralisé au niveau de Rabat. Quelque 1000 lauréats sont ainsi annuellement mis sur le marché. A cela vient de s’ajouter, cette année, un troisième cycle, fruit d’un partenariat entre le Maroc et le Canada, sous forme de Maîtrise en sciences d’infirmerie. La durée d’étude est de deux ans. Ce partenariat prendra fin en 2007.
Une grande pénurie en matière d’infirmiers s’annonce. A cela il y a plus d’une raison. A commencer par la vague de départs en retraite entamée depuis 2003 et qui porte sur une moyenne annuelle de 470 départs, doublés de démissions et d’abandons de postes. «Si les plus âgés partent en retraite, anticipées dans un bon nombre de cas, les jeunes se retirent de leur propre gré.
Cette hémorragie touche annuellement plus de 700 personnes », explique Driss Chenak, secrétaire général de l’AMSITS, l’Association marocaine des sciences infirmières et techniques sanitaires, qui fait partie du Conseil international des infirmiers(ères). Un constat d’autant plus alarmant que seuls 310 postes budgétaires sont prévus chaque année en matière d’infirmiers. «Il n’existe pas de stratégie de remplacement. L’évolution de l’infrastructure sanitaire et de la population au Maroc n’est pas accompagnée par les mesures qui qu’imposent, à savoir le renforcement de l’existant et le remplacement les départs», déplore ce responsable. Résultat, et alors que l’OMS, stipule qu’il y ait un infirmier pour 300 habitants, au Maroc, ce nombre n’est que de 1 infirmier pour 2000 habitants.
Des propos qu’avait confirmés le ministre de la Santé, Cheikh Mohamed Biadillah, en annonçant que 236 établissements étaient fermés…à cause du manque de personnel. Quelque 40 autres formations sont en construction. Et il y a lieu de se demander qui va les faire fonctionner. Pour Abdelkader Terfaï, secrétaire général du Syndicat de la santé, affilié à l’UNTM, «le salaire n’est pas un problème. Le problème est lié à l’absence d’une véritable stratégie en matière de gestion rationnelle des ressources humaines. Une absence qui donne lieu à bien d’écarts ».
En attendant, une véritable crise de vocation est en train de s’installer. « C’est évident. De plus en plus de jeunes infirmiers sont intéressés par l’étranger, où la demande est croissante », souligne M. Chenak.
Autre conséquence, celle que les infirmiers en exercice travaillent un mois et demi de plus que les fonctionnaires. Une situation qui génère dans bien des cas des états de stress et d’épuisement qui peuvent s’avérer fatals. Plus de 300 infirmiers sont également atteints de l’hépatite C au Maroc. Principales mises en cause, les conditions de travail. L’inexistence d’un ordre au sein du secteur privé fait que les conditions de travail, au même titre que les salaires, laissent à désirer. Idem pour la qualité des soins. La solution serait que les postes budgétaires alloués soient revus à la hausse et que la capacité en matière de formation soit optimisée. Les différents instituts de formation dont dispose le Maroc sont à même de produire 2200 lauréats par année, indique-t-on à l’AMSITS. Bien que revu en 1993, le statut des infirmiers reste caduc. Besoin est donc de le réviser. Des règles de déontologie sont à introduire et faire respecter au sein d’une profession où, bon gré mal gré, la corruption est de mise. La formation, au sein des écoles privées, est à contrôler. Abdelkader Terfai propose lui l’instauration d’une politique de formation, de recrutement et d’affectation à l’échelle nationale, chose qui n’existe pas encore. «Autrement, et comme l’a bien souligné Driss Chenak, on se demandera toujours si on travaille vraiment dans le secteur de la santé».

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