Le cabinet de toutes les attentes

Pour connaître la liste des ministres, il a fallu attendre plusieurs semaines. Des gouvernements se formaient et se déformaient. Des listes de ministres sûrs de leur accession à la ministrabilité ont circulé, contrecarrées par les rumeurs les plus folles sur d’éventuels veto et des pics de colère des chefs de partis ou de leurs adjoints… Des menaces de démission du poste ministériel qu’on n’a pas encore eu ou des menaces de scission… Tout à la fois pour faire durer le calvaire de l’attente du gouvernement qui n’est pas dirigé par un chef de parti, mais par un technocrate en la personne de Driss Jettou.
Justement, ce n’est pas la personne de M. Jettou qui a été mise en cause. Sa nomination au poste de Premier ministre le 9 octobre a finalement eu un écho plutôt favorable auprès de la classe politique. Du moins les partis postulant pour prendre part au futur gouvernement. Mais ceux qui comptaient sur un réglage, voire un dosage plus ou moins subtil, entre les états majors des partis pour avoir un certain nombre de portefeuilles ministériels en sont pour leurs frais : la méthode Jettou, alliant concertation et fermeté, ne leur a pas laissé le choix. Sauf celui de tergiverser et de compliquer davantage la mission du Premier ministre pour la formation de son gouvernement.
Il est certain que M. Jettou, connaissant fort bien les arcanes de la politique et ce qui se trame dans les directions partisanes a eu fort à faire pour convaincre des interlocuteurs pris en tenaille entre des aspirations personnelles et des pressions de leurs affidés, oubliant souvent que la constitution donne au Premier ministre, partisan ou non, la seule possibilité de proposer des ministres. C’est le Roi qui nomme les ministres. Une lapalissade que le Premier ministre désigné a dû rappeler parfois sèchement à ses interlocuteurs trop pressants.
Cela dit, le gouvernement Driss Jettou est le résultat de cette logique de consensus qu’on n’arrive toujours pas à écarter. Un consensus qui finit par tuer l’esprit de compétitivité partisane et par annihiler les notions de méritocratie au profit de critères partisans imposés. Au profit d’un choix de ministres qui ont la bénédiction des états-majors des partis sans que ces nominés soient les meilleurs profils au sein même de ces partis…
Que ce soit au niveau du parti de l’Istiqlal, où la filiation a beaucoup joué et où les problèmes internes ont mis dans une situation fragile le vieux parti nationaliste, ou à l’USFP, où les aspirations personnelles n’ont pas été faciles à gérer, ou encore au RNI, avec un président en porte à faux avec toutes les instances dirigeantes de sa formation… Sans parler des alliances éphémères qui se sont nouées uniquement pour avoir des portefeuilles ministériels… tout cela pour dire que si le gouvernement Jettou ne satisfait pas les attentes de la population et de l’opinion publique, c’est parce que les jeux ont été faussés dès le départ. Le cabinet qui en résulte ne peut être optimisé et, forcément des dysfonctionnements ne seraient pas exclus. Ces mêmes lacunes qui ont compliqué la tâche à M. Jettou, ces mêmes priorités qui sont tout sauf militantes, hypothèquent l’action gouvernementale, puisque le gouvernement issu des longues tractations n’est pas homogène et ne peut être valablement efficace.
Fatalement, on va se tourner plus vers les technocrates du gouvernement, vers les ministres de souveraineté et vers quelques ministres qui ont montré leur maîtrise de leur département lors du précédent gouvernement et qui ont conservé le même portefeuille. Pour le reste, on attendra pour voir.

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