Le chagrin des courtisans

Nul ne peut se baigner deux fois dans le même fleuve. Faut-il le répéter encore ? Certes, ce serait une tautologie de dire que le lecteur d’aujourd’hui n’est plus celui d’hier. D’un jour à l’autre, les temps changent, les tempéraments et les attitudes aussi. En fin de compte, ce qui reste, ce sont les principes. La culture, c’est ce qui reste après avoir tout oublié. C’est ce que nous avons appris à l’école, dans la vie et côtoyant les nationalistes et les progressistes du pays. Particulièrement ceux qui ont payé cher leur engagement et qui, tout en ayant l’esprit libre, restent fidèles à leurs promesses.
De ces principes élémentaires, ressort bon nombre de déductions et de constats. D’abord, toute raison politique qui n’a pas de constances serait vouée à l’échec et pourrait entraîner l’acteur concerné à la dérive du suicide. Faut-il rappeler les trois légitimités du pouvoir : religieuse, historique et sociale? La logique est installée. La monarchie marocaine, abstraction faite de notre position individuelle à son égard tire sa raison d’être de l’histoire, serait-elle lointaine ou récente, de l’exégèse religieuse et de la place qu’occupe le Commandeur des croyants dans le système politique, et enfin de sa capacité à répondre aux besoins vitaux de la population. Tous les chefs d’Etat qui se sont succédés sur le trône, sont arrivés et se sont maintenus au pouvoir au Maroc grâce à la conjonction de ces trois facteurs. Au Maroc, on n’arrive pas aux commandes de l’Etat sur le dos d’un char, muni d’une radio et d’une jeep. Oufkir et Dlimi, l’ont essayé, et Ben Arafa, à sa manière, avant eux. Dans ce domaine, également, les temps changent ainsi que les méthodes d’actions mais les visées hégémoniques des uns et des autres restent intactes, sinon qu’elles se raffermissent au fil des jours. Or, au moment où le monde entier a assisté à une transition politique qui était, quelques années plutôt, considérée comme un but stratégique et lointain à atteindre, l’on a vu surgir des voix qui appelaient au retour au passé. Sous le maquillage du verbiage «moderniste», des voix, objectivement rétrogrades, voulaient clouer au pilori, le Premier ministre Abderrahman Youssoufi, en tant que symbole de la gauche moderne et modérée, pour avoir conclu un pacte national avec la monarchie. Une monarchie, qui de l’avis du monde entier, a changé de peau. Premier échec, de la première réaction. Sans interprétation policière des faits, le vagabondage politique s’est retourné contre ceux qui le prêchaient. Qu’on le veuille ou pas, « la thèse de la Conférence nationale », n’est que l’extrapolation mécanique et simpliste d’une approche appliquée, à partir des années quatre-vingt-dix, à des pays africains qui soufraient d’insuffisance institutionnelle et déchirés par les conflits tribaux, ethniques et d’intérêts économico-financiers. Inutile de dire alors que le Maroc du début du vingt et unième siècle est différent du Zaïre de Mobutu, au début des années 90. L’ordonnance de la Conférence ne saurait être une recette universelle. Ceci dit, le blocage politique auquel font allusion certains de nos confrères qui veulent s’ériger en acteurs politiques, sans en avoir ni les moyens, ni le profil, ni même la qualité de tenir vivante la flamme de la gestion démocratique, n’existe que dans leur esprit.
Un esprit qui voit les complots partout. Au sein des partis, des conférences de la rédaction et même au sein du sommet de l’Etat. Touchons du bois.

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