Le chantage des extrêmes

Depuis que Rabat a décidé, en 1998, de ne pas renouveler l’accord de pêche avec l’Union européenne, les autorités espagnoles ont lancé une vaste campagne anti-marocaine dans les différentes instances régionales et internationales. Parmi les mesures entreprises par le cabinet de José Maria Aznar il y a incontestablement le rapprochement avec le régime militaire en Algérie, via le président Abdelaziz Bouteflika. Première étape, faire signer un accord d’association entre l’Union européenne et l’Algérie. Au moment où il assurait la présidence tournante de l’Union, José Maria Aznar, a fourni d’énormes efforts pour aboutir à la signature de cet accord de coopération. Les négociations se sont déroulées en un temps record. Finalement, l’accord a été signé sur le territoire espagnol, le 21 avril 2002. Cet accord d’association entre dans le cadre du processus euro-méditerranéen engagé en 1995 par l’UE pour parvenir d’ici 2010 à la création d’une vaste zone de libre-échange entre les deux rives de la Méditerranée. La cérémonie de signature s’est déroulée à Valence, à l’ouverture de la cinquième Conférence euro-méditerranéenne au cours de laquelle se sont rencontrés les ministres des Affaires étrangères des Quinze de l’UE et dix pays du pourtour méditerranéen. A l’époque, le président Bouteflika a été reçu en grandes pompes par Aznar qui a assisté à la cérémonie de signature. Le chef de l’Exécutif espagnol a présenté Bouteflika comme le responsable arabe le plus démocratique. En fait, tous les responsables européens et arabes présents à la Conférence euro-méditerranéenne avaient compris le jeu d’Aznar. Celui-ci voulait régler ses comptes avec le Maroc le plus solennellement possible. Rien de mieux que la Conférence de Valence. Pourtant, Aznar a réussi à faire passer une résolution dans laquelle l’Union européenne allait appliquer des sanctions économiques sur tous les pays ne luttant pas « efficacement » (c’est-à-dire tel que Aznar le souhaite) contre l’immigration clandestine. Nul doute que c’est le Maroc qui est visé par cette mesure. Pourtant, ce n’est un secret pour personne, les immigrés clandestins subsahariens transitent pratiquement tous des territoires algériens. Mais Aznar ne voit pas les choses de cette manière. Car au moment où il militait pour des sanctions contre le Maroc, Aznar recevait noblement le président Bouteflika. D’ailleurs, l’Union européenne est vite revenue sur cette décision et la bataille fut perdue par Aznar. Celui-ci est donc passé à la vitesse supérieure. A peine neuf mois plus tard, José Maria Aznar signait avec Abdelaziz Bouteflika un autre accord historique et très important, à Madrid le 8 octobre 2002. C’est le Traité d’amitié qui consacre l’établissement de « relations stratégiques » entre les deux pays. Au cours d’une conférence de presse commune, les deux dirigeants avaient affirmé que leurs relations avaient « un caractère stratégique » et le président Bouteflika a particulièrement affirmé que sa première visite d’État en Espagne « témoigne de l’intensification du dialogue politique et de la coopération multiforme » entre Alger et Madrid. Et pour cause, le traité hispano-algérien prévoit le renforcement du dialogue politique entre les deux pays à tous les niveaux, et le développement de la coopération dans les domaines économique, financier, éducatif et de la défense. Un paragraphe souligne la volonté des deux pays de lutter contre le crime organisé et le terrorisme conformément aux résolutions des Nations unies. Le premier sommet annuel, prévu par le traité, a eu lieu les 26 et 27 novembre derniers en Algérie. Les deux responsables espagnol et algérien ont mis en évidence la concordance de vues entre Alger et Madrid sur plusieurs problèmes maghrébo-méditerranéens qui sont des points de désaccord avec Rabat. Ainsi, les deux dirigeants ont affiché leur bonne entente sur les problèmes de l’immigration illégale vers l’Europe et de la pêche, deux questions sur lesquelles l’Espagne et le Maroc s’affrontent toujours. En ce qui concerne le Sahara occidental, le président Bouteflika a estimé que l’Espagne, ancienne puissance coloniale, a un rôle « déterminant » à jouer. C’est ce qui a été prouvé par Aznar lorsque l’Espagne est entrée au Conseil de sécurité de l’ONU en janvier dernier. Madrid, qui présidait également le Conseil de sécurité, a tout fait pour faire adopter une résolution imposant le Plan Baker II au Maroc. En fait, l’axe Madrid-Alger n’est pas critiquable en soi. Toutefois, force est de constater que les points qui rassemblent les deux parties sont justement ceux qui divisent Madrid et Rabat.

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