Le chantier de l’avenir

L’agence nationale de lutte contre l’habitat insalubre (ANHI) a réuni jeudi 19 juin son conseil d’administration sous la présidence du secrétaire d’État à l’Habitat et à rappeler les nouvelles orientations du gouvernement en matière de logement social et les moyens à mettre en œuvre pour combattre la prolifération des bidonvilles. Vaste chantier qui demande, au-delà des professions de foi et des discours de circonstance, une vision globale et intégrée du problème.
D’abord, un constat : le rythme de “bidonvilisation“ des villes marocaines est plus rapide que celui de lutte contre ce phénomène dont l’agence a la charge. Autrement dit, l’existence de l’ANHI, qui a vu le jour dès 1984, n’a pas induit un recul de l’habitat insalubre au Maroc. Bien au contraire. Ce dernier multiplie. Manifestement, il y a un problème. Question : À quoi sert l’ANHI ?
D’aucuns peuvent objecter que la pression des habitations anarchiques est telle que l’ANHI s’est trouvée dépasser. En fait, l’ANHI est une structure qui n’a pas vocation à exister. Le fait qu’elle existe correspond à une tentative des pouvoirs publics de rattraper les erreurs, les négligences et les complaisances cumulées en la matière.
En tout cas, cette démarche valide en quelque sorte la création des bidonvilles considérée peut-être par les pouvoirs publics comme un fait normal qu’il convient toutefois d’éradiquer a posteriori à travers des actions ciblées. Cela pourrait être compris comme du laxisme envers les responsables ( élus et autorités locale) qui ont parfois encouragé la prolifération des habitations  clandestines. Que du laxisme complice là où la vigilance et la sanction étaient indispensables. Cet état de fait est l’expression des dysfonctionnements de la politique d’habitat et d’urbanisme. Alors qu’il eut été logique et certainement rentable de lutter à la source contre ces excroissances urbaines par une stratégie qui allie cohérence et fermeté, les autorités ont créé des organismes dont le bilan reste à faire.
Aujourd’hui, le secteur de l’habitat a besoin plus que jamais de visibilité. Celle-ci commence par le regroupement des organismes sous tutelle (OST) dépendant du ministère de l’Habitat en une seule instance dotée des moyens nécessaires comprenant une “feuille de route“ claire et précise. Maintenant que ces organismes sont recentrés sur le logement très économique après que certains se sont fourvoyés dans le moyen standing, il s’agit à travers cette action de fusion de mettre fin à la dispersion des efforts et de faire un meilleur usage des ressources.        
Certes, le gouvernement de Driss Jettou s’est engagé à produire 100.000 unités sous forme de logements finis ou semi-finis, de lots équipés. Pour arriver à ce résultat ambitieux, un certain nombre de mesures ont été annoncées : le recours au patrimoine foncier appartenant à l’État, la refonte du régime des prêts réservés à l’habitat social, la réduction du coût des facteurs de production de ce type de logement et l’amélioration des régimes d’incitation des promoteurs privés. L’objectif final étant de parvenir à mettre sur le marché de logements dont le prix de vente oscille entre 80 et 120.000 Dhs. Ces habitations sont destinées aux ménages à faible revenu qui, exclues d’un logement décent correspondant à leur situation financière, se sont rabattues pour la plupart sur l’habitat de bric et de broc. Cette nouvelle politique volontariste, qui doit s’inscrire dans la durée indépendamment des gouvernements qui se succéderont plus tard, devrait en principe déboucher sur l’éradication des bidonvilles. À partir de quelle date le Maroc espère-t-il en finir avec les ceintures de la misère et de l’exclusion ? Les responsables n’ont pas donné d’échéancier précis. Par contre, le ministre de tutelle Taoufik Hjira, qui a, du reste un discours construit sur les problèmes du secteur en général, a évalué le recasement de tous les bidonvilles du pays à 23 milliards de Dhs (voir interview). Colossal. Mais plutôt que d’ergoter éventuellement sur le coût très énorme de l’opération, il s’agit de trouver dès maintenant les moyens de financement adéquats pour s’attaquer rapidement à cet immense chantier.
Il ne faut que le caractère très économique des logements rime avec sous- logements où la qualité laisse à désirer.
Dans ce sens, le gouvernement est appelé à édicter des normes auxquelles les habitations dans toutes les villes concernées doivent obéir. Le souci étant de ne pas rééditer l’expérience des immeubles qui enserrent par exemple la périphérie de Casablanca. Façade laides, fenêtres minuscules, terrasses inexistantes, promiscuité dangereuse, ces édifices ont l’allure de bidonvilles en dur où la concentration humaine est extrêmement forte. À cela, s’ajoute l’absence sidérante des dépendances comme les espaces verts, les terrains de sports, l’école, le dispensaire, etc… Il faut réhabiliter le logement quel que soit son prix de vente. Le gouvernement doit pouvoir présenter non pas des appartements-témoins mais des quartiers-témoin où les bidonvilles auront disparu. Une espèce d’expérience pilote à reproduire à l’identique ou presque dans les autres centres urbains.    
La volonté politique existe aujourd’hui. Mais supprimer l’habitat insalubre n’est pas chose aisée. C’est une entreprise complexe de longue haleine qui a besoin d’argent, d’engagement. Et surtout de vision.

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