Le début de la fin

Au dix-neuvième jour de la guerre, le Centcom s’est pour le moins montré confiant quant à l’affaiblissement du pouvoir irakien. Les offensives américaines «au cœur de Bagdad contre des cibles clés du régime, renforcent la réalité que le régime ne contrôle plus toute la ville», a déclaré le général Brooks depuis le Qatar, évoquant la persistance de quelques poches de «résistance dans et autour de Bagdad». Trop d’optimisme ? Dès le matin, pas moins de 65 blindés ont en tout cas pénétré le centre-ville et investi le principal palais présidentiel. Cette opération « ponctuelle » se voulait un simple avertissement au régime et non le début de la vraie « bataille de Bagdad ». Plusieurs correspondants de presse ont cependant fait état de violents affrontements dans le centre durant toute la journée. Selon Reuters, des raids intensifs et des déflagrations d’obus ont secoué la capitale. Des combats ont aussi fait rage dans plusieurs quartiers résidentiels et, selon l’AFP, particulièrement dans le secteur de l’hôtel Al-Rachid, un des plus célèbres de la capitale gardé par des militaires irakiens. Deux autres palais présidentiels, l’un dans la capitale, l’autre sur la rive ouest du Tigre, près de l’aéroport – ouvert dimanche soir aux avions militaires américains – ont été investis par la coalition, selon le Centcom. Ces incursions ont été démenties en bloc par le ministre irakien de l’Information, Mohammad Saïd Al-Sahhaf, qui a appelé à « ne pas croire ces envahisseurs et ces menteurs ». Un porte-parole de l’armée britannique, Al Lockwood, a quant à lui appelé le pouvoir irakien à capituler, assurant que le président Saddam Hussein ne maîtrisait plus ses forces. Son ministre de tutelle, Geoff Hoon, a même évalué à 50 % les pertes au sein de la Garde républicaine. A la mi-journée, les Américains ont par ailleurs installé des points de contrôle sur les principaux axes menant à la ville afin d’empêcher les troupes irakiennes de progresser. Ils ont aussi ouvert un nouvel axe au sud-est, en dépit des efforts des forces irakiennes qui ont fait sauter deux ponts sur la rivière Diyala. Les affrontements pour la maîtrise de ce secteur clé ont entraîné la mort de deux Américains. Deux autres – ainsi que deux journalistes – ont été tués plus au sud lors d’une attaque irakienne.
Car les combats de lundi n’ont pas seulement concerné Bagdad. A 80 km de là, les alliés ont affirmé contrôler la ville de Kerbala après deux jours de combats acharnés qui auraient fait 400 morts Irakiens. Les Britanniques ont aussi atteint le centre de Bassorah, ville qu’ils affirment contrôler « en grande partie ». Ils se sont emparés de l’immense palais édifié par Saddam Hussein et bombardé durant toute la nuit par des F18 américains. Les forces britanniques sont à Bassorah « pour y rester », a déclaré lundi le ministre de la Défense, Geoff Hoon. Lequel n’a par contre pas pu confirmer la mort du cousin du président, Ali Hassan al-Madjid. Selon ses troupes, le corps du responsable militaire pour le sud – surnommé « Ali le chimique » par les opposants au régime – a été découvert dimanche dans sa maison, pilonnée la nuit précédente. Sur le front nord, la Turquie s’est dit inquiète lundi des avancées des Kurdes vers Mossoul et Kirkouk. Selon le Premier ministre Erdogan, la saisie par les peshmergas des puits de pétrole situés près de ces deux villes irakiennes « constituerait une raison pour l’intervention de l’armée turque dans le nord irakien ». Les Kurdes irakiens considèrent ces villes comme appartenant à leur région autonome. Les puits de pétrole de la région leur donneraient les moyens d’une politique indépendantiste dont les retombées dans les provinces turques à majorité kurde sont redoutées par Ankara.
D’autant que les peshmergas ont récemment passé la ligne de démarcation séparant leur territoire de celui contrôlé par Bagdad. Précédés par d’intenses raids aériens et soutenus par les forces spéciales américaines, ils se sont nettement rapprochés de Kirkouk.

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