Le double langage du PJD

Arrêté la nuit du vendredi à samedi, Youssef Oussaleh, âgé de 47 ans est désormais dans l’œil du cyclone, et à travers lui c’est tout le PJD qui se retrouve dans la tourmente. D’abord, ce personnage a été lié au groupe du Cheikh Yassine, Al Adl Wal Ihsane avant d’immigrer vers le PJD. Ensuite, il évoluait dans la même région où les enquêteurs ont fait des découvertes très compromettantes. Particulièrement des camps d’entraînement de la Salafia Jihadia. C’est également dans le même périmètre où a été arrêté Lékbir Goumara, l’un des suspects concernés par les avis de recherche lancés immédiatement après les attentats du 16 mai dernier. 
Le dénommé Oussaleh a cheminé à travers un parcours similaire à celui de certains intégristes qui se sont rabattus sur le PJD après avoir tissé des liens étroits avec des groupuscules islamistes radicaux. Mais le plus grave, c’est que le même Oussaleh est accusé, preuve à l’appui, d’avoir été au courant du projet criminel qui germait tranquillement dans les milieux intégristes. N’ayant pas pris la peine de dénoncer les terroristes, il est devenu objectivement complice de meurtres d’innocents, confirmant par la même occasion que le parti islamiste, soi-disant modéré, est infiltré d’élements jusqu’au-boutistes. Le PJD devra désormais répondre de ce genre de duplicité que même son double langage n’arrive plus à masquer.
L’étiquette du « fondamentalisme politique » au Maroc est désormais collée au PJD, considéré par les observateurs comme porteur véhiculant la même idéologie. Selon Khalid Naciri (PPS), «le fondamentalisme politique est une création nouvelle dans l’espace public marocain. Notre identité nationaliste et religieuse et séculaire n’est pas le fondamentalisme mais l’Islam. Par conséquent, notre devoir est de réhabiliter l’Islam dans ses valeurs fondamentales, celles que nous avons vécues et pratiquées pendant des siècles. Les nouveaux « prophètes » sont en déphasage total avec le vrai Islam. ».    Il faut dire que la composition même du PJD illustre et favorise ce genre de dérive. Le parti du Docteur El Khatib compte parmi ses membres des dirigeants du MUR, Mouvement Unicité et Réforme (Attawhid Wal Islah), dont les positions sont souvent en totale contradiction avec l’idéologie affichée par le PJD. Cela est beaucoup plus perceptible au niveau des organes de presse des deux bords. Le quotidien Attajdid, porte-parole du mouvement Attawhid Wal Islah s’est distingué par un ton de plus en plus radical, alors que l’hebdomadaire « Al Asr » du PJD tente d’observer une conduite relativement modérée. Au fur et à mesure que le temps passe, le clash devient inévitable. D’où le  terme «imbécile» utilisé par le docteur El Khatib, Secrétaire général du PJD, à l’adresse d’un autre «docteur», en l’occurrence Ahmed Raissouni président du MUR. C’est dire combien il est impossible d’avoir un parti au sein d’un autre parti, d’autant plus que les deux entités sont antinomiques. Interrogé sur cette antinomie, le Pr. Naciri répond qu’il s’agit là de «l’ambiguïté fondamentale du PJD qui a fonctionné systématiquement sur un double registre jusqu’à nos jours. Ce parti ne pourra pas constamment différer les indispensables clarifications idéologiques, doctrinales, politiques et organisationnelles. Il est interpellé, et nous avons besoin de l’écouter dans un discours qui ne se prête pas à plusieurs lectures.». En somme, le PJD avec un MUR en son sein est le comble du paradoxe. Ou alors le paradoxe fait figure de choix et de division de travail, le cas échéant. Et comme a dit Nietzsche, pour gagner des gens d’esprit à une proposition, il suffit parfois de la présenter sous la forme d’un paradoxe monstrueux.

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